Whale & See - Jour 10 - Nouvelle-Écosse - Retour du Monde - Le blog - Comptes-rendus et anecdotes de voyage autour du monde
On laisse Cape Breton aux proies de l’hiver, la fin du voyage est proche. On traverse Canso, Charlos Cove, Larrys River et on s’arrête à Tor Bay.
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Point météo avec l’accent acadien sur fond de bouilloire

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J’ai beau être ressorti à peine 20 minutes après avoir écrit mon carnet et vu les étoiles, que les nuages en ont profité pour nous masquer toute la voie lactée. Je ne suis décidément pas chanceux avec les étoiles canadiennes.

 

Nous quittons donc Cap Auguet et son important lieu de pêche à la morue pour continuer la route sur l’Isle Madame au son de la radio communautaire acadienne CITU – C’est fabuleux ! Comme le dit le slogan de la radio – pour pousser jusqu’à la route en cul-de-sac sur l’Île Janvrin. Nous ne croisons pas grand monde en ce dimanche, lendemain d’Halloween. Nous prenons un peu l’air iodé au pied d’une maison abandonnée.

Nous quittons l’Isle Madame, pour longer les derniers kilomètres qui nous restent encore à parcourir sur notre chère Isle de Cape Breton, passons Arichat et faisons un petit arrêt technique à Port Hawkesbury. Et nous voilà de nouveau à passer le chenal qui sépare Cape Breton, anciennement Isle Royale, de la Nouvelle-Ecosse.

 

Nous quittons donc Cape Breton avec un léger pincement au cœur, tant l’endroit, malgré quelques déboires, nous a charmé. Je ne peux m’empêcher d’avoir une légère pointe de regret quant au fait que notre seul jour de grosse pluie fût celui où nous aurions dû ou pu faire plusieurs trails au sein du Parc National des Hautes-Terres-de-Cape-Breton. Mais c’est comme ça, la météo en a décidé ainsi, la tempête aussi.

 

En repassant par Port Hastings, où nous avions discuté avec le couple de camping caristes français, nous rattrapons un réseau wi-fi, l’occasion pour nos téléphones de charger la météo et de se resynchroniser sur l’horaire local. Sauf que voilà on se rend compte que nos téléphones ont reculé d’une heure, et sommes persuadés avoir entendu à la radio que cette heure d’hiver n’existait pas au Canada.

 

Du coup nous ne savons plus très bien à quel fuseau horaire se fier. Nous passons devant Auld’s Cove. Il faut savoir que dans cette ville frontière et industrielle se trouve un magasin connu de part le monde du fait de son propriétaire. Je vais être honnête, en fouillant sur le net avant de partir, j’avais vu la vidéo de touristes américains mettant leurs pieds dans cet endroit. Je savais donc à quoi m’attendre.

Je préviens tout de même Cécile que le propriétaire est un peu frapadingue. Et ça ne manque pas. Fort en gueule, parlant, commercial, il nous accueille à grands éclats de voix, fait décoller un feu d’artifice et veut absolument tout nous vendre dans sa boutique. Il nous met des pin’s dans la main, cherche à nous vendre des sweats, nous montre un homard qui fait de la musique, une carcasse de homard. Nous on cherche à sortir de ce traquenard, et vu qu’il nous manque des cartes postales, nous déambulons au milieu du bric-à-brac pour en trouver avec le propriétaire sur nos pas. Ce mec est dingue, complètement dingue. Il faut dire qu’en cette saison, il ne doit pas voir beaucoup de monde, mais alors en été, ça doit être quelque chose.

 

Nous reprenons la route panoramique de Marine Drive, qui longe tout le détroit de Canso. Les premiers kilomètres ne sont vraiment pas attrayants. On traverse des villes minières, industrielles, un peu perdus, un peu pauvres, où les maisons tombant en lambeaux donnent à voir, depuis leurs fenêtres, les usines de l’autre côté de la baie.

 

Il y a une chose qui nous déstabilise un peu ici, c’est que, contrairement aux autres pays que nous avons pu faire, on ne peut pas vraiment s’arrêter sur les bas côtés pour faire des photos. Les possibilités sont très limitées, et les routes faites pour être empruntées. C’est très frustrant. Il y a pas mal de photos que j’ai loupées de la sorte. Des vieilles maisons, des ambiances de ports que je n’ai pas pu capturer. On arrive quand même, de temps à autres, à trouver des débords suffisants pour pouvoir descendre prendre quelques photos, comme à Pirate Harbour.

Nous passons Sand Point, Port Shoreham, nous bifurquons sur une route nous indiquant un port, où on aimerait se poser pour déjeuner. Nous nous retrouvons de nouveau sur un axe tertiaire non goudronné, non carrossé où je passe mon temps à trouver la direction la moins pire pour éviter les trous. On ne sait pas trop comment mais nous nous retrouvons devant l’église de Boylston. Ce sera parfait pour manger. Sous l’œil du Christ. Amen.

 

Juste en face de nous, Chedabucto Bay me fait penser à certaines des mes photos du Loch Lomond. Dehors il fait presque bon, mais la pluie se met à tomber en fines gouttelettes et ne nous quittera quasiment pas de la journée.

Reprenant la route, nous passons Guysborough qui, bien que donnant son nom au comté, ne vaut pas grand chose et s’apparente plus à une grosse communauté qu’à un village ou une ville.

 

A Halfway Cove, nous voyons des stèles historiques nous racontant l’histoire de Prince Edward Sinclair, un écossais des Îles Orcades venu ici en 1398 avec 12 bateaux et 200 hommes, à la suite des lectures des sagas islandaises de Leif Erikson, racontant l’existence du Nouveau-Monde. Décidément, l’histoire de Christophe Colomb tient vraiment de la fumisterie.

 

Ayant eu vent de l’existence d’un ailleurs via ces sagas, il parcourut la Nouvelle-Ecosse, la traverse même jusqu’à la Baie de Fundy, et s’en va naviguer vers l’endroit exact mentionné par Leif dans ses sagas. Il fit commerce et noua des relations cordiales avec les Mi’kmak. Plusieurs faits corroborent et valident l’histoire de Sinclair, notamment des récits – son histoire a été relatée dans un livre – , des légendes Mi’kmak, et plein d’autres traces laissées à droite à gauche.

 

Attirés par un phare posé sur un petit îlot, nous nous arrêtons à Queensport lire l’histoire de la région et de ce phare de Rook Island Light automatisé en 1967.

Nous voilà rendus à Canso, que je tenais à voir, car là aussi un haut lieu de passage de la présence des pêcheurs basques. Sauf que voilà, nous sommes dimanche, en novembre et Canso sous ses nuages argentés chargés de pluie a des allures de ville fantôme. Anciennement ville économiquement riche, vivant de la pêche, et qui lors de son déclin eu beaucoup de mal à se relever.

Certains bâtiments sont abandonnés, le gros bloc de brique rouge de l’ancien poste douane ferait un très beau lieu d’exploration pour des photographes d’Urbex. Nous tentons de pousser jusqu’au Visitor Center des Canso Islands, sans grand espoir.

Et comme on le pensait, le bâtiment est fermé mais pas le parking. On se pose donc face à la mer sur des petits bancs, histoire d’inspirer de l’air iodé et de faire une petite pause. Quelques photos plus loin, nous retournons sur nos pas, pour de nouveau rentrer en pleine terre acadienne. Dehors la pluie continue sans cesse donnant une atmosphère un peu spéciale aux communautés de Port Felix, Charlos Cove et La Rivière (ou Larry’s River) que nous traversons.

Arrivé à cette dernière, nous nous arrêtons devant l’église car, juste en face, se trouve une dizaine de panneaux expliquant à merveille l’histoire des acadiens et de la région. Comblant ainsi les trous historiques que nous avions sur ce peuple à l’histoire bien particulière.

 

Venus avec Samuel de Champlain sous la bienveillance d’Henri IV en 1607, partis de Saintonge et de la région de La Rochelle, cette communauté de français s’intégra à la Nouvelle-Ecosse et dans toutes les provinces des Maritimes au point d’en devenir un peuple à part, avec une identité propre qu’ils défendent et clament haut et fort. Jusqu’en 1755, date à laquelle les anglais ont conquis la région, et leur demandèrent de prêter serment à la couronne d’Angleterre et de changer de religion.

Les acadiens avaient seulement deux petites recommandations : Garder leur neutralité, et ne jamais prendre les armes contre les français et les Premières Nations Mi’kmak avec qui ils entretenaient de très bonnes relations. Se voyant refuser leurs requêtes, les anglais décidèrent de les chasser de manière brutale – leur demandant de se réunir dans un bâtiment pour leur expliquer la situation, ils se virent enfermés à double tour et poussés de force dans des bateaux -, de brûler leurs maisons et d’en faire prisonniers un certain nombre. Poussés à l’expatriation forcée, ils partirent vers la Louisiane, le Massachussets, le Maine, d’autres dans les Caraïbes, en Martinique ou en Guyane, tandis que d’autres rentrèrent en France.

 

Il fallu attendre 8 ans pour que le Traité de Paris mette fin à ce premier assainissement ethnique d’Amérique du Nord. Certains revenant en Nouvelle-Ecosse décidèrent de s’éloigner des anglais installés à Halifax, et créèrent des communautés à Cape Breton (Chéticamp, Isle Madame, Arichat,…) et d’autres sur la Nouvelle-Ecosse (Charlos Cove, La Rivière, Pomquet,…).

 

Voilà pour l’histoire des Acadiens admirablement bien expliquée en une dizaine de panneaux devant l’église de La Rivière. Un des panneaux est même dédié à cette histoire lue avant de partir. Samuel de Champlain, envoyé donc par Henri IV, fut surpris de découvrir qu’à Charlos Cove vivait un basque de Saint Jean de Luz, le sieur Savalette (ou plus probablement Zabaletta ou Zabalet) qui à force de son 42ème voyage connaissait bien les eaux dangereuses de la région et aida les nouveaux arrivants à pratiquer la pêche et la traite de la fourrure avec les autochtones.

L’histoire des basques dans la région n’est pas oubliée et ça me fait plaisir de lire tout ça. Surtout lorsque l’on sait que Cape Breton est la région qui a fait le moins de recherches archéologiques sur la présence des basques de toute la région des Maritimes. Il se raconte que l’ancre de Savalette traîne encore entre Charlos Cove et Felix Harbour.

 

Dehors la luminosité a grandement baissé, il continue de pleuvoir. Nous voulons pousser jusqu’à Tor Bay, ayant repéré un Provincial Park où nous voulons tenter de nous poser. On se dit que si on ne trouve pas, ou si c’est fermé, le parking de l’église Saint Pierre de La Rivière fera très bien l’affaire pour cette nuit.

Mais la chance nous sourit, poussons jusqu’à Tor Bay et nous installons face au marais et à la mer. Dehors l’air sent l’iode, il pleut toujours et le vent se lève. Nous profitons de la soirée pour continuer nos devoirs du soir, à savoir l’écriture des dernières cartes postales restantes.

Nous ne savons toujours pas quelle heure il est vraiment, mais est-ce bien important ?

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