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On quitte Sauðárkrókur sous un magnifique ciel bleu. Comme on l’avait supposé lors de notre arrivée, la vue autour de nous et le fjord en font un cadre assez spectaculaire. Aujourd’hui au menu la péninsule de Tröllaskagi, et les villages reculés de Siglufjörður et Ólafsfjörður.

 

Les deux villes sont aujourd’hui reliées par un tunnel, mais avant, et notre carte pas si vieille en témoigne, Siglufjörður était quasiment inaccessible ou alors avec beaucoup de routes et de détours.

On commence la remontée de la péninsule. Autour de nous la blancheur immaculée des montagnes nous entoure. Sous un beau soleil il s’est mis à neiger à gros flocons. On ne le sait pas encore mais après la journée arc-en-ciel d’hier, aujourd’hui sera notre journée neige.

Après quelques dizaines de kilomètres, on choisit de bifurquer à droite sur la 769, direction Hólar. Ce petit village perdu au fond d’un fjord tient sa particularité de son église. Hólar fut pendant près de 7 siècles (de 1106 à 1798), la capitale œcuménique du nord de l’Islande, doublé d’un important centre religieux.

 

Avec sa devanture en grès rouge –la matière première a d’ailleurs été extraite des montagnes aux alentours-, c’est l’une des plus anciennes églises en pierre du pays (1763).

Sous le clocher, datant de 1950, est enterré Jón Arason qui, avec ses fils, s’opposa à la réforme danoise.

Le village est mort mais sans aucun doute diablement touristique l’été. Il comprend le musée sur le cheval islandais, et Nýjabæ. C’est une ferme en bois et en tourbe construite en 1860 par un riche propriétaire terrien, Benedikt Vigfusson.

Cette ferme est typique des fermes en tourbe, les bâtiments sont disposés de manière perpendiculaire, rattachés par un long couloir central.

Hormis ça pas grand chose, pas de grosse activité. C’est tant mieux pour nous et bien dommage pour les autres, car ne serait ce que l’atmosphère et la vue du village vallent amplement le détour d’une quinzaine de kilomètres.

Une fois de nouveau sur la route principale, on longe le Skagafjörður, au loin la côte de l’île de Drangey se découpe. On aperçoit à notre gauche la péninsule où nous nous trouvions hier, et on peut même deviner la route où on a fait demi-tour.

La route s’allonge, et pour casser un peu le rythme on fait un petit break, dans une petite route qui descend vers une ferme. Face à nous la mer, et le fjord Skaga et la péninsule de Vatnsnes.

Après quelques kilomètres nous longeons une immense étendue gelée. C’est en fait une curiosité géologique, Þórðarhöfði, Un morceau de terre relié de deux côtés par des isthmes, de fines bandes de terre.

 

Au loin on aperçoit l’île de Malmey, habitée par quelques irréductibles. Vaste morceau de roche découpé à la serpe, où se niche une multitude d’oiseaux.

On commence à avoir l’habitude, mais soudain la route change de nouveau, elle se transforme. La roche disparaît sous la neige, la route se fait plus étroite et le vent se lève. Nous arrivons au croisement de la 76 et de la 789.

Avant la construction du tunnel cité plus tôt, c’était la seule route pour rejoindre Ólafsfjörður depuis Siglufjörður. Encore une fois, le paysage nous bluffe et nous laisse sur le cul.

 

Au fond le ciel est sombre, mais entre les deux montagnes le soleil perce les nuages chargés de flocons, créant ainsi des rais de lumière. Subjugués par le spectacle nous restons là plusieurs longues minutes. Derrière le ciel s’assombrit encore plus, devant il donne tout ce qu’il peut dans l’illumination.

On s’arrache au spectacle et on enchaîne la route compliquée, tout aussi magnifique qu’elle semble dangereuse, longeant l’extrême nord du fjord à flan de colline.

 

Beau mais requérant un maximum d’attention. On enchaîne deux tunnels qui nous font passer au cœur des montagnes.

A la sortie du dernier, gros changement de paysage. La lumière est d’argent, moitié brouillard sur la montagne. Il neige à gros flocons, mais ces derniers n’arrivent pas totalement à recouvrir les touffes herbeuses d’un marron or un peu passé. Dehors les sternes se prennent le bec au pied des falaises, tournoyant à en perdre la raison.

Face à nous se dresse la montagne Hestfjall qui se confond avec les nuages. Au loin aussi massive, elle semble quasi impénétrable et presque effrayante.

Gros coup de cœur pour Siglufjörður, ancienne ville prospère, capitale du hareng jusque dans les années 60 où l’activité s’est arrêtée.

 

Les jolies maisons de bois sont nichées sur les collines, la ville semble se dynamiser depuis l’ouverture du tunnel permettant aux touristes de visiter ce coin-là. Il faut aussi garder en tête que jusque dans les années 40, aucune route ne reliait le village.

Je déambule dans la rue, tombant amoureux des vieilles maisons en bois et de la vue en haut

On décide de se poser face à la mer pour manger ce midi. Pendant que Cécile prépare les sandwichs, je vais me balader sur le port, prendre quelques photos, entre caisses de poissons, et machines de levage.

 

On ressent de manière indéniable à quel point la ville a fait sa fortune autour du poisson. D’abord autour de la pêche au requin et ensuite autour de celle du hareng. Aujourd’hui le poisson d’argent se fait beaucoup moins présent dans les eaux froides d’Islande, alors la ville tente de capitaliser sur son histoire.

Deux bâtiments aux couleurs flashy se détachent du port. Ce sont les anciens hangars à poissons qui ont été réhabilités. L’un en café, l’autre en restaurant, mais aussi l’office du tourisme et un petit musée. Volonté assumée de mettre en avant son passé en cherchant à plaire au plus grand nombre.

J’ai toujours trouvé les ports très photogéniques, et c’est une atmosphère dont je raffole. Et ce petit port de Siglufjörður a un je ne sais quoi qui me fait l’apprécier. Sans doute son air d’ailleurs, son côté calme, esseulé, feutré, comme une perle cachée au fond d’un fjord.

Après avoir mangé, on reprend la route pour enfin s’attaquer à ce nouveau tunnel de 11 kilomètres. Il est découpé en deux parties, certains passages sont même à sens unique. Un peu flippant.

 

Quelques refuges permettent de réguler le trafic. Quand sur certaines portions les lumières au plafond ne fonctionnent plus, l’ambiance est vraiment particulière, limite angoissante pour les claustrophobes, que par chance nous ne sommes pas.

Le tunnel aboutit à Ólafsfjörður, ville réputée pour être l’une des plus enneigées d’Islande. On continue jusqu’à Dalvík, où on s’arrête prendre un petit café, en regardant d’un œil envieux, le bateau-ferry qui fait la navette jusqu’à l’île de Grímsey, seul morceau de terre islandais à être au dessus du cercle polaire arctique.

 

Dalvík, dont le nom signifie « la baie dans la vallée », fut presque entièrement détruite durant un tremblement de terre en 1934.

Prochaine étape Árskógssandur, de loin sur la route on aperçoit un bateau qui revient de Hrísey, une autre île dans le fjord. On tente le coup de descendre vers le port en espérant arriver à temps.

 

Par chance le timing est bon, et on observe tranquillement le ballet de ceux qui reviennent, de ceux qui rentrent à la maison, qui reviennent de l’école, des cartons qui se font charger et décharger. Ce balai utile voire quasi obligatoire pour les îliens.

On repart dans le flot des voitures repartant du port, derrière nous une lumière argentée, et face à nous des montagnes blanches, baignées dans un soleil déclinant.

Juste avant d’arriver à notre hébergement, on prend une petite route, vers Gásir, mentionnant un petit « point of view ». Dehors il tombe de gros flocons collants, au loin le soleil se couche. Dans la lumière de ce dernier, on voit les flocons danser dans l’air. C’est beau, il fait froid mais c’est beau. Le fjord est baigné de blanc et de rose.

Les derniers kilomètres jusqu’à notre hébergement se font sans encombre, on hésite à aller à Akureyri, mais on décide d’au moins faire le check-in et déposer les bagages. Et là arrive le moment WTF, la tuile qui n’arrive qu’une fois, la connerie.

 

Pour mettre les choses dans le contexte, notre véhicule loué, est un Ford Explorer de 2004, et pour ouvrir les portes arrière, il faut appuyer sur un bouton qui les déverrouille, situé sur les portières avant. Cécile est partie faire le check-in, laissant les clés sur le contact. Comme dès qu’on ouvre les portes ça bipe je prend les clés et les pose entre les deux sièges.

 

J’ai du temps et comme je pense avoir fait tombé quelque chose derrière les banquettes, je descend, appuie sur ce que je pense être le déverrouillage des portes arrière et ferme la porte. Sauf que voilà, le bouton sur la porte passager est inversé par rapport à la portière conducteur, et au lieu de déverrouiller l’arrière, j’ai tout simplement verrouillé toutes les portes, claqué la porte, et les clés sont à l’intérieur.

 

Gros moment de panique et de solitude, tout est dedans, hormis les fringues que nous portons. La bouffe, les fringues de rechanges, l’appareil, la Go Pro, nos manteaux, tout est dedans.

 

Cécile raconte : Avant cette « boulette » je suis partie avec la réservation et mon téléphone. Je suis allée voir Andrea, la propriétaire du Petursborg, qui me montre la cabine et me donne les clés. J’entends William de loin qui me dit qu’il a fait une connerie, mais j’attends de voir.

 

Et finalement, après vérification, oui il l’a faite. J’ai dans les mains ma chemise et toutes les réservations, et mon portable, j’appelle donc SadCars. Je ne serais pas mauvaise langue en disant qu’au téléphone, je sens mon interlocuteur un peu paniqué. On est dimanche soir, 18h. Il ne sait pas quoi faire. Sur le côté de la voiture, il y a un code d’ouverture rapide. Il ne l’a pas.

 

Il me rappelle 5 minutes après, il me propose d’envoyer les clés par avion, mais pas avant le lendemain. Nous n’avons donc pas nos manteaux mais aussi pas de nourriture ! Je demande à Andrea un paquet de pâtes. Elle a un sourire qui me dit « Aucun problème ». C’est assez rassurant, il faut le dire ! Du coup, on cogite, comment va-t-on aller chercher les clés à l’aéroport, et à quelle heure surtout. On n’a pas grand chose à faire après le dîner succinct fait de pâtes, à part aller plus loin sur le chemin vérifier les aurores. Le ciel est nuageux, mais on sait que ce soir, l’indice est fort.

 

En effet, ça ne loupera pas : à 20h30, on distingue très bien une aurore derrière les nuages qui s’étire, mais malheureusement, rien pour la prendre en photo, elle ne sera que pour nous ! Ce soir, on se couchera tôt, évidemment. A 21h, tout le monde au lit, et on se dit que finalement, c’est pas plus mal, ça nous permet de recharger les batteries.

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