Retour du Monde - A la sortie du tunnel, Siglufjörður
Lui, est graphiste et passionné de photo. Elle, est tchatcheuse et un peu paresseuse. Ensemble, ils vous font voyager sans bouger de votre canapé
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A la sortie du tunnel, Siglufjörður

A la sortie du tunnel, Siglufjörður

On ne savait pas trop par où commencer, ni comment commencer pour vous expliquer, vous décrire l’ambiance d’un village islandais sous son manteau d’hiver, loin de tout. Alors on aurait pu vous parler de Hvammstangi et de ses carcasses de poissons abandonnées qui pendent sur un séchoir en faisant un bruit creux, on aurait pu aussi parler de Grundarfjörður, ville jumelée avec Paimpol, et qui vit dès 1412 tourner au large des baleiniers basques, bretons et Jersiais, mais non on a choisi Siglufjörður, parce que cette petite ville à un je-ne-sais-quoi de quelque chose, qui nous a attiré, marqué.

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Il faut dire que cette journée là à été longue, éprouvante et le sera encore plus le soir à notre arrivée vers Akureyri, mais ça on ne le savait pas encore. Pour arriver jusqu’à cette ville on a emprunté une route dure et compliquée, souvent fermée. La route 76 ne laisse aucun répit, pas le temps de souffler, elle demande une concentration constante. Les falaises abruptes à gauche, les montagnes dominantes à droite, en montée constante, soumise aux assauts du vent de la mer de Groenland, cette route est belle mais diablement dangereuse. Avant même de partir, elle nous aura donné quelques sueurs froides, car elle a été fermée et interdite pendant quelques jours. Ici on s’enfonce dans la péninsule, pas de repos pour les faibles, et pas de répit pour les curieux, Siglufjörður se mérite.

Mais après avoir serré les fesses pendant plusieurs dizaines de kilomètres, la récompense est là. Au bout du énième tunnel à une voie et sans éclairage, on tombe dans la gueule du fjord. Et même si le ciel est menaçant, que la neige se met à tomber, que le cris des mouettes à un petit côté sinistre, il a quand même une belle gueule ce fjord. A la sortie du tunnel, un petit parking donne à voir un spectacle qui laisse sur le cul. En face la montagne Hestfjall se confond avec les nuages, ses flancs sont droits, quasi impénétrables. Derrière nous les bords de la route donnent l’impression de descendre en douceur pour d’un coup casser à angle droit vers la mer. Les oiseaux y trouvent leur compte de cachettes, méprisant totalement les éléments autour d’eux et font comme si de rien n’était.

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Alors on décide de faire comme eux, de s’arracher au spectacle et de continuer notre route jusqu’à ce village du bout du monde relié à une route seulement depuis les années 40. Lorsqu’on rentre dans  ce petit bled qui compte quand même autour de 1000 habitants, l’atmosphère est ouatée, paisible, les sons étouffés par la neige, on sent la vie sans trop vraiment la voir. Lorsqu’on croise les premières maisons, on se fait encore la même réflexion depuis le premier port de pêche croisé, on a l’impression d’être encore plus loin, ça ne ressemble pas à l’Europe, l’architecture des maisons nous donne l’impression d’être encore plus loin, au Groenland ou au Canada. Alors que l’année dernière en Norvège on se croyait en Islande, si là en Islande on se croit au Canada, vous savez donc où vous avez des chances de nous trouver l’hiver prochain.

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Je me paume tout seul dans les petites ruelles de la ville, essayant de figer cette impression d’ailleurs, de « pas comme on connaît ». Sans tomber mais en glissant je me retrouve face à la vieille église des années 30, et à sa statue de Bjarni Þorsteinsson, prêtre de Siglufjörður et qui fut le premier à condenser toutes les chansons folkloriques islandaises, le Alan Lomax local.

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La vue depuis le porche de l’église vaut quand même son pesant de hareng. Dans une ligne droite quasi parfaite, le port, la mer et le fjord, la sainte trinité de tout bon marin. Je continue de slalomer entre les maisons qu’on pense d’abord être en bois mais qui en fait s’avèrent être en tôle. L’illusion fait le boulot.

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On descend se poser sur le port, entre les machines, et les caisses de poissons. Histoire d’avoir un joli point de vue pour casser la graine. Le peu de gens qu’on croise se promène, pousse une poussette, sinon la vie est calme, très calme. Sur le port on est au cœur de la ville. Le cœur dans le sens médical.

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Siglufjörður est une ville de pêcheurs, l’a toujours été et le sera toujours sous d’autres manières. Jusqu’en 1903, village de pêcheur de requins, ensuite la ville est devenu la presque capitale du hareng, où sa population était quasiment 10 fois supérieure à maintenant. De nos jours, les harengs ne montrent plus l’ombre d’une branchie, ou beaucoup moins qu’auparavant et c’est sur son passé que la ville compte attirer le chaland. Les anciens hangars ou usines ont été repeints dans des couleurs pétantes, on en a fait un resto, un café, l’office du tourisme et un petit musée.
La ville compte aussi le «Musée de l’ère du Hareng» qu’on n’a pas pu faire pour cause de fermeture hivernale. Mais si vous voulez y jeter un œil, vous pouvez toujours aller voir les belles photos de l’amie Julie de Carnets de Traverse. Dont on fera le rapprochement à notre retour que c’est de ce même musée qu’elle parle…

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En Islande je pense avoir compris un truc. Si on n’aime pas la mer ou que le sujet ne nous intéresse pas, on passe à côté de 90% de l’essence même du pays, de ses habitants, de son histoire. Je n’ai personnellement pas le pied marin, mais les îles et la mer m’attirent comme un aimant, et j’aime comprendre. A chaque port je ne peux m’empêcher de penser soit à Erik le Rouge et toute sa smala qui voguèrent jusqu’au Groenland, Terre-Neuve, Québec, ou encore même aux pêcheurs bretons et basques qui passaient 6 mois de l’année sur ces terres hostiles, au brouillard traître, aux rafales de vent assassines, ou aux averses de grêle destructrices. La Mer vous dévore autant qu’elle vous nourrit.

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Je continue de marcher sur le port, à trotter entre les bateaux, à prendre en photo la typographie de leurs noms, les détails, les machines, les grues, en essayant de comprendre quel est ce petit truc qui me fait vibrer dans cette ville. Pourquoi elle m’attire, elle plus qu’une autre. Mais je cherche encore. On a beau prendre toutes les photos du monde, chercher les mots, écrire, décrire, rien ne remplace ce quelque chose qui vous fait vibrer, qui vous émoustille souvent, vous remue les tripes parfois.

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On repart doucement de Siglufjörður, sans trop se presser, avec toute la lenteur et le respect que mérite cette ville. Alors qu’on retourne sur nos pas, on aperçoit là-haut, tout en haut, les barrières anti avalanche qui semblent être bien frêles face à la rudesse de la région.  Aujourd’hui pour quitter la ville plus besoin de faire tout le chemin en sens inverse ou de prendre la dangereuse route 82 – la plus haute d’Islande, ouverte uniquement l’été et encore un court moment – on peut désormais emprunter un tunnel, tout nouveau, tout beau qui vous mène à Ólafsfjörður.

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Le tunnel est long, en deux parties, relativement angoissant pour un claustrophobe, mais après un long moment dans cette relative pénombre, la lumière est là de nouveau, un peu comme si on venait d’ouvrir les yeux et que Siglufjörður n’avait été qu’un rêve.


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