Yes We Canyons! - Road trip dans le nord de l'Espagne - Part 2
Seconde et dernière étape de notre road trip en Espagne, entre Aragon et Catalogne, à la recherche de la muraille de Finestras.
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Yes We Canyons! – Road trip dans le nord de l’Espagne – Part 2

Yes We Canyons! – Road trip dans le nord de l’Espagne – Part 2

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Yes We Canyons!


Road Trip dans le nord de l’Espagne – Aragaon y Catalunya
Part. II

Part. II

de Viacamp y Litera à Abizanda

446 km

Suggestion d’accompagnement sonore :

The Pointer Sisters – Yes We Can Can
(Blue Thumb Records – 1973)

Quand les Pointer Sisters reprennent ce classique de Lee Dorsey, présent dans l’article précédemment, pour le remanier avec un soupçon de fun. 

Fraichement. Humidement. C’est comme ça que l’on pourrait qualifier cette nuit au beau milieu de rien, entourés par les champs secs d’un hiver qui rend les terres dures comme une dalle de ciment. La nuit n’avait pas eu d’égal pour tout le monde, une partie des copains ayant encore eu des soucis de matelas dégonflés, avait dû, de nouveau dormir à même ce sol pierreux.

L’objectif de cette journée était censé être la quintessence de ce voyage, son but, son apogée, nous allions enfin toucher du doigt ce que nous étions venus chercher. Cette muraille de Chine de Finestras, cette queue de dragon enjambant les eaux turquoises, merveille de la nature insoupçonnée qui se niche au bout d’une piste ardue et exigeante.

Jour 3

de Viacamp y Litera à Àger

111 km

La troupe s’ébroue en même temps que nos roues, nos corps tentent vainement de se réchauffer, installés à l’intérieur de notre vieille carlingue vieille de 25 ans. Le silence de la nature est ponctué de quelques appels via les talkies walkies afin d’être sûrs d’être au niveau du bon chemin, de la bonne case du roadbook et puis soudain la piste se fait plus resserrée, plus technique, ravinée par les dernières pluies et alors qu’on ne s’y attendait pas vraiment, nous nous retrouvons garés sur une petite place d’un village laissé à l’abandon.

Comme déjà évoqué précédemment pour Claramunt, la Catalogne et l’Aragon ont subi dans les années 60/70 un gigantesque exode. Les villages ont été désertés, les familles sont parties vers les villes, les écoles ont fermé, la vie s’est éteinte.

Et comme souvent, certains irréductibles, continue par de petites attentions, à entretenir la flamme des souvenirs qui les lient avec leur village. Ici, c’est une maison, Casa Coix, entièrement rénovée, la seule qui tienne encore debout. En 2004 c’est un couple qui revint ici pour y renouveler ses vœux de mariage, après 50 ans d’union, à l’endroit même où ils s’étaient dit oui devant l’autel.

Finestras
(585 m)

Ce qui viendra appuyer ce sentiment, qu’ici, un village ne meurt jamais vraiment, c’est qu’après nous être garés, nous apercevrons, collé sur la porte de ladite l’église, un petit papier écrit par une ancienne du village et qui en substance, disait ceci : Ceci est le village de mon enfance, j’y ai des souvenirs et je l’aime. Toi, voyageur qui passe ici, respecte le comme je le respecte. 

Si Finestras s’est éteint c’est avant tout à cause du « progrès ». La construction d’un barrage, que nous longerons d’ailleurs quelques kilomètres plus loin, inondât les cultures obligeant les habitants à, peu à peu, abandonner ce village qui les vit naitre. Avant cela, Finestras n’était qu’un petit village qui tirait une grande partie de sa richesse de la production d’huile d’olive qui, bien que isolé, semblait toutefois garder une certaine joie de vivre couplée d’une autonomie. Ce qui n’est pas sans rappeler, à bien des égards, Aritzakun au Pays Basque.

D’un rapide coup d’œil circulaire, nous apercevons, des ruines, des pas de portes et des fenêtres, des moulures ornant les linteaux et les pourtours. Chacun part dans un sens, puis dans un autre, s’appropriant le lieu à son rythme, sa manière et sa façon et puis soudain, l’agitation. Ca y est, on a enfin trouvé le chemin qui mène à celle que nous attendons tous de voir, la Muraille de Finestras.

Cet exploit géologique nous ramène à notre piètre condition : Nous ne sommes rien et la nature est tout. Ce décor qui nous envahit les yeux est complètement fou, irréel, incroyable, tout simplement. Magique et mystérieuse également car elle est restée perdue, sauvage et modestement visitée. L’impression d’être des pionniers, les découvreurs de la cité d’or ne se fait que d’autant plus grande.

Enjambant le réservoir de Canelles, cette géographie si irrégulière n’est en fait que le fruit de l’érosion. Ses strates parallèles sédimentaires datant probablement du Crétacé, étaient autrefois horizontales et c’est en raison des mouvements telluriques, sur des années, des siècles, des millénaires que dans un lent mouvement capricieux, elles se sont relevées, majestueusement pour former cette imitation de la muraille de Chine.

C’est également l’érosion qui viendra sculpter et donner la touche finale à cette œuvre d’art en y découpant des hublots, des meurtrières, des fenêtres, finestras en aragonais. Profitant de la géographie stratégiquement avantageuse, un petit château fût construit entre les deux strates dont on peut encore en apercevoir la base et les fondations. Collé à lui, dans l’angle sud-est, le petit ermitage de San Vicente construit au XIe siècle défit les siècles en se pavanant face au soleil.

Il n’est de paysage dont on ne se lasse pas et celui-ci en est clairement un. Tous ensemble nous grimpons sur ses hauteurs, à sa naissance, sous les odeurs de romarin sauvage et empruntant un chemin qui n’en est pas un. Puis, repus d’un aussi beau spectacle, tout doucement nous rebroussons chemin.

Les portes claquent, les moteurs démarrent et les roues s’ébrouent en sens inverse pour y continuer l’aventure. Et puis nous voilà à faire face à l’une des plus grosse difficulté de ce voyage : le ravitaillement.

Qu’il soit en eau, en nourriture ou en carburant, ce fût d’un compliqué, frisant parfois même le domaine de l’impossible. La plage horaire de la pause sieste dans ce coin de l’Aragon, en hiver, dépasse l’entendement d’un français. De 13h à 18h30, impossible de trouver une gargotte ouverte, une petite épicerie ou bien même une boulangerie. I-M-P-O-S-S-I-B-L-E.

Nous tentons donc un crochet par Estopiñán del Castillo  pour en redescendre complètement bredouille et avec les stocks de nourriture qui commencent très (trop ?) rapidement à titiller la zone rouge.

Il nous faudra avaler des kilomètres de nationale pour finalement déboucher à Alfarràs. Bourgade plus importante de la Catalogne qui me laisse une impression étrange. Un feeling qui passe moyen, un truc qui flotte, vaporeux, un truc qui ne me laisse pas une bonne impression. Mais bref, on se farcit donc le plein de courses et une fois chose faite nous reprenons la piste du côté de Castillonroy.

Et c’est là que le roadbook faillit nous perdre. Un peu mal fichu, des annexes et des changements mis à part du roadbook nous ferons arriver au pied du barrage au-dessus de la Noguera Ribagorzana. Sauf que voilà, la piste ne nous autorise plus à emprunter le barrage, il faut par conséquent remonter le flanc des collines par une piste dont l’accès y est parfois….fermé. Par chance ce ne sera pas notre cas et continuerons de grimper pour finalement nous arrêter dans une clairière attenante à un virage en épingle avec en face de nous les 1013 mètres du Punta d’Óssos. Le soleil y tape dur, les sweats et les pulls tombent un à un, et la petite brise vient nous lécher les bras.

Reprenant la piste, l’après-midi sera grandement consacrée à la traversée de landes herbeuses et sèches dont la piste à la terre ocre et brique ne sera pas sans nous rappeler quelques pistes albanaises, tandis qu’au loin dans le ciel, des nuages chargés de pluie viennent remplir l’horizon.

Après un nouveau plein d’essence, décision fut prise de se poser dans un camping afin d’y recharger les batteries, d’investiguer sur les fuites de matelas et de prendre une bonne douche chaude. C’est donc au Camping du Vall d’Ager, que nous passerons la nuit et la soirée tandis que des mômes, parfois en quad…, traverseront les travées d’un camping quasi vide pour réclamer des bonbons en ce soir d’Halloween.

Jour 4

de Àger à Isona i Conca Dellà

138 km

Au fur et à mesure que le temps passe, les souvenirs ont tendance à s’étioler. Et c’est ce qui arrive quand on refuse de prendre des notes afin de profiter d’un voyage qui se veut reposant. Ce qui fait que la suite de ce voyage n’est pour moi qu’une succession d’impressions, de souvenirs vaporeux mais marquants que j’ai parfois du mal à replacer dans le bon ordre chronologique.

Toujours est-t-il qu’après avoir quitté et payé le camping dans une relative confusion et délestés d’un prix que l’on peut qualifier d’exorbitant pour un endroit paumé et hors-saison, nous filons plein nord sur une route en lacets pour bifurquer sur le Camí de Sant Alís où les roues nous déposent sur un promontoire rocheux du Cap del Ras au début de la Serra del Montsec dont l’on aperçoit le drapé.

Cap del Ras
(1 200 m)

Malgré un ciel chargé de nuages plombant l’horizon et derrière lequel le soleil a du mal à percer, la vue reste néanmoins époustouflante de beauté. Les bloc rocheux d’où bourgeonnent des pierres arrondies vient trancher avec les douces montagnes verdoyantes qui se développent à l’horizon.

Il fait froid, le vent nous fouette mais la vue a du mal à nous faire décrocher de ce paradis des parapentistes. Nous reprenons la piste rocailleuse, naviguant au cap au-dessus d’une mer de nuages.

La suite n’aura que peu d’intérêt, une fois la route rejointe nous continuons sans cesse de grimper sur un axe secondaire nous faisant traverser les petits villages aux allures de pueblo abandonnés que sont Benuire, Alzina ou encore Moror.  Puis nous rejoindrons la grande route, enjambant la Pantà de Terradets, puis plein est où enfin nous retrouverons les pistes.

Tossal de les Torretes
(1 676 m)

Pour l’une des seules fois de ce voyage, nous rencontrerons quelqu’un et laisserons passer une petit 4×4 chargé de petits vieux partis rejoindre le village voisin. C’est aussi le moment où nous prenons conscience que nous avons manqué une bifurcation et en profiterons pour manger un bout au pied d’une grande langue de montagnes qui se découpent en trois monts majeurs : Tossal de les Torretes (1 676m), Tossal de Mirapallars i Urgell ( 1 672m) et Puig del Cami Ramader (1 637m).

Par chance le temps semble petit à petit virer au beau, et le ciel d’un léger bleu pastel perce, doucement, les nuages bas qui s’accrochent aux montagnes comme un gamin aux jambes de ses parents.

Et puis, je ne sais plus trop comment, ni par où nous sommes passés, ni ce que nous avons vu, toujours est-t-il que le paysage a soudain changé, le canyon s’est resserré, les roches se sont agrandies, la piste est devenue un chemin longeant un à-pic. Tout juste la largeur de 4 roues, une piste à ne pas emprunter avec des gens sujets au vertige. On s’en rend mieux compte dans la vidéo en fin d’article.

Toujours est-t-il que cette étape du jour n’était qu’une énorme et grande boucle nous faisant passer par les chemins de traverse. Résultat, la suite n’avait encore une fois que peu d’intérêt, nous avons rapidement quitté la piste et sommes remontés par la route afin de boucler la boucle.

Le soleil commençait à tomber aussi rapidement que les nuages venaient de nouveau envahir la vallée. L’heure tournait et il nous fallait nous mettre en quête d’un spot de bivouac. C’est finalement dans la Serrat del Pèl que nous trouverons notre bonheur, dans un virage au beau milieu d’une plaine, parfaite pour que les chiens puissent gambader, parfaite pour que les gamins puissent explorer.

Nous noterons toutefois que malgré les panneaux « chasse interdite », le sol est jonché de douilles. Le petit plus de ce bivouac, c’est un chemin qui longe le promontoire rocheux donnant une vue à couper le souffle sur toute la vallée et les village de Benavent et Biscarri. La vallée et les champs se gorgent alors d’une lumière dorée avec, suspendues au-dessus, des langues de brumes venant adoucir l’horizon.

La ripaille du soir tournera autour de pommes de terres à la braise, d’un camembert coulant et d’une vaisselle quasi impossible à rattraper tant le fromage fondu viendra attaquer le fond des casseroles. L’histoire dit aussi que ce sont tous ces bruits d’animaux qui viendront tourner autour des véhicules alors que nous cherchions le sommeil.

Jour 5

de Isona i Conca Dellà à Abizanda

197 km

La troupe s’ébroue en même temps que nos roues, nos corps tentent vainement de se réchauffer, installés à l’intérieur. Le silence de la nature est ponctué de quelques appels via les talkies walkies afin d’être sûrs d’être au niveau du bon chemin, de la bonne case du roadbook et puis soudain la piste se fait plus resserrée, plus technique, ravinée par les dernières pluies et alors qu’on ne s’y attendait pas vraiment, nous nous retrouvons garés sur une petite place d’un village laissé à l’abandon.

Malheureusement la suite et la dernière étape de ce voyage tient en peu de mots et peu de photos. Bien trop confiant quant à mon setup, j’étais persuadé d’avoir rechargé mes deux batteries d’appareil photo et c’est à peine quelques kilomètres après avoir quitté le bivouac que je me rendrai compte que la seconde batterie de secours était vide.

Ce que je peux en dire c’est que c’est sous un brouillard glaçant et à couper à la machette que nous émergerons tous. Les gouttelettes tombant sur nous comme une légère douche matinale, c’est à l’abri du tarp que nous nous prendrons notre petit déjeuner en essayant de nous réchauffer.

Mais ce que je peux dire de cette journée c’est que ce fût une journée physique. Pour résumer, le soleil après quelques heures et plusieurs dizaines de kilomètres parcourus finira bien par se lever. Nous passerons par un endroit ultra technique, où, ouvrant le convoi, je me mettrai tout seul dans une situation légèrement dangereuse et compliquée, tentant de me sortir d’une ornière profondément boueuse.

Après quelques minutes à pencher dangereusement, quelques marches arrières plus tard, je finirai pas grimper l’ornière pour me poser sur une surface sèche guidant les copains. La scène est à voir durant le générique du petit film ci-dessous et autant le dire tout de suite, revoir les images après coup me semble bien plus impressionnant que les souvenirs que j’en garde au moment des manœuvres.

Je garde le souvenir d’un bivouac le midi au pied du village abandonné de Claravalls, les corbeaux tournoyants autour de ce piton rocheux sous des rafales de vents venant secouer les corps, claquer les portes.

Nous passerons en fin de journée par le Castillo de Fantova, un ancien complexe défensif abandonné puis patiemment restauré datant du XIe siècle. Nous y grimperons par une vieille piste en pavé avec les derniers mètres abrupts et uniquement praticables en 4×4.

Cette tour défensive, qui sert également d’observatoire, ne ressemble à aucune autre en Aragon, ce qui fait penser aux historiens qu’elle aurait pu être construite par deux frères architectes venus de la Toscane. Collé à ses flancs, l’ermitage de Santa Cecilia se dresse sur cet éperon rocheux visible à plusieurs dizaines de kilomètres.

De là, nous nous interrogerons longuement sur la nécessité ou non, de nous poser dans un camping et c’est après un vote à la majorité que décision sera prise de tartiner rapidement jusqu’à Ligüerre de Cinca. Nous obligeant à une première, mais pas des plus désagréables, à ouvrir le convoi, sur des pistes, de nuit, aidés simplement de la lueur des phares.

C’est aussi là que nous prendrons conscience que l’équipement lumineux de Lily s’avère être trop léger pour bien anticiper les pièges de la navigation nocturne.

Après plusieurs dizaines de kilomètres avalés de nuit à la sortie de la piste, nous nous arrêterons, soufflerons et en profiterons pour fêter l’anniversaire de Lauren, dans une ambiance festive et chaleureuse, les estomacs bien remplis et les corps encore chauds de la douche.

Le lendemain et la fin de ce voyage ne se raconte pas, si ce n’est pour dire que c’est la pluie qui nous réveilla, et qui nous fit prendre la route jusqu’à Alquézar où nous nous quitterons, chacun reprenant la route de son chez soi, content et heureux d’un moment fait de partages et de découvertes, appelant sûrement à d’autres aventures.

La vidéo :

2 Commentaires
  • Jach
    Posted at 11:13h, 12 février Répondre

    Toujours un plaisir de vous lire et de vivre vos aventures à travers mon écran. Les petits couacs de bouffe, de batterie pas chargée et de voiture qui semble presque se retourner à la fin de la vidéo… Moi qui pensais être une belle poissarde : c’est non ! 😀
    Vite un autre article !

    • retourdumonde
      Posted at 18:04h, 13 février Répondre

      Toujours un plaisir d’embarquer les copains avec nos mots, nos photos. Et oui, on a joué de malchance maaaaaais on s’en est sorti vivants !

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