Formid’Alpes – De Grenoble à Pont-en-Royans – Jour 3

Formid’Alpes – De Grenoble à Pont-en-Royans – Jour 3

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Formid’Alpes

Road trip automnale entre Chartreuse et Vercors
Jour 3 – 5 Novembre 2018 – 262 km
Jour 3

Jour 3

De Grenoble à Pont-en-Royans

262 km

Suggestion d’accompagnement sonore :

Jean Gabin – Quand on s’promène au bord de l’eau
(???– 1936)

Jean Gabin le chante si bien dans ce magnifique film qu’est « La Belle Équipe » : « Car il n’y a pas besoin pour trouver un coin, où l’on se trouve bien, de chercher si loin ». Et puis durant ce 3e jour, l’eau nous aura servi de fil rouge tout au long de la journée.

Est-ce l’énorme coup de stress de la veille, la fatigue ou simplement la décompression, toujours est-il que c’est comme deux loirs que nous émergeons sur les hauteurs de Grenoble. Avant d’aller tâter la température – bien plus douce que les jours précédents – j’émerge du pageot en premier et commence ce qu’on pourrait appeler la traditionnelle toilette de chat.

Quand on voyage en van, on est pris d’une légère parano, la peur de manquer d’eau, toujours et encore, c’est donc l’économie qui prime. La toilette du matin consiste tout d’abord à émerger des draps, précieuse et principale source de chaleur pour se foutre nu comme un ver. Lingette, gant, eau, je ne vous fais pas un dessin mais la toilette est à la fois rapide et minutieuse.

Je prends donc le premier ticket, et comme d’habitude, je sors le premier pour aller humer la fraicheur. Pendant ce temps, Cécile prend le relais, et appelons ça une habitude plus que de la misogynie, enquille sur le petit-déjeuner. Une affaire d’habitude, de rouages qui s’emboitent ensemble, un genre de routine qui fait qu’on peut rapidement être prêt à décoller. Mais là, tout de suite, rien ne presse.

Fort du Saint-Eynard
(1 338 m)

Je retourne m’approcher du bord de la falaise, passe sous l’ancienne tour de garde du Fort du Saint-Eynard, et sensiblement la même sensation que la veille me gifle : Putain, c’est beau ! Pas plus, pas moins, juste différent de la veille. Les étoiles, les néons, les éclairages publics et la voie lactée ont laissé place à une lueur limpide, légère et barbouillée à l’aquarelle. Grenoble est sous la brume comme souvent, le Soleil lui, se lève tout doucement sur le Vercors et le Massif des Écrins à la cime crémeuse. Un seul mot résume la vue et la sensation qui en découle : aérien.

En voyage et ça, peu importe la façon que l’on choisit, il y a des moments de creux, des trucs qui ne servent pas à grand-chose d’être racontés. Un ravitaillement par-ci, une attente par-là et j’en passe. On est donc redescendu sur Grenoble, on s’est perdu dans les limbes blanches qui donnait à la ville une drôle d’ambiance et on n’a fait que passer sans chercher à la découvrir. Grenoble avait des faux airs de Bayonne et de Bordeaux, pour ce côté vieille pierre noircie par les âges avec de l’eau qui court en son sein. Dans sa banlieue, on y fera un long arrêt ravitaillement, pareil, toujours dans une épaisse nappe de brouillard où juste les silhouettes se dessinaient.

On s’est enquillés sur la D106 qui prit très vite de la hauteur, la lutte est duraille mais nous finissons par enfin transpercer la couche de brume pour retrouver les hauteurs et le soleil. Au loin, nous apercevons notre spot de la veille, là, tout à gauche de la photo où se dessine une forteresse rocailleuse. Nous distinguons la cime des Écrins qui se dorent la pilule tandis que les grenoblois eux, continuent de se geler les miches, emprisonnés par la brume qui retient tout rayon UV.

A Saint-Nizier-du-Moucherotte, nous tombons sur notre première nécropole nationale. Bienvenue dans le Vercors. Ici repose 98 résistants, dont l’écrivain Jean Prevost co-auteur du Plan Montagnard et deux maquisards yougoslaves. Le calme du lieu invite au recueillement, se pencher sur cette histoire du Plan Montagnard invite plus au dégoût et à l’agacement qu’à la fierté.

Il est obligatoire et plus que nécessaire de revenir sur cette histoire, mais il est encore trop tôt pour en faire une longue parenthèse historique. Il faudra attendre plusieurs kilomètres pour que je daigne vous expliquer ce bordel de sentiments que véhicule ce moment un peu oublié de notre histoire. En attendant, c’est silencieusement et religieusement que nous rendons hommage à ces anonymes oubliés et sacrifiés.

Nous reprenons la route, ça y est nous sommes là, aux prémices de ce que nous sommes venus voir dans ce coin de France, dans l’une des quelques entrées du Vercors. A Lans-en-Vercors nous ressentons, et cela pour la première fois et de manière très marquée, l’atmosphère des villages de montagne. Il faut s’imaginer tous ces bleds traversés sous un épais manteau neigeux. Difficile quand le soleil tabasse le thermomètre d’un inespéré 18°c.

Le long de l’ancienne gare de tramway, reconvertie en Office de Tourisme, on se prend une petite pause, bien décidés à se trouver un resto pour casser une graine. Attiré par la lumière et par ce soleil au firmament, je tombe le sweat, je déambule en t-shirt mais les gifles éoliennes et la température à l’ombre me rappelle vite que je paierai, d’ici quelques jours, mon insouciance par une grosse crève carabinée.

A Lans-en-Vercors tout est fermé, pas de restau, du fait de l’entre-deux saisons. Résultat, on se rabat sur la fromagerie histoire de rajouter quelques noms à notre collection de produits locaux : du Chartreux, du Bleu du Vercors-Sassenage fermier (une tuerie !) et de l’Autranaise.

Méaudre
(1 012 m)

On pousse jusqu’à Méaudre d’où l’on aperçoit de la route en hauteur, les plateaux plats du Vercors qui feront tout l’intérêt du « projet Montagnards ». C’est au pied des pistes qu’on jette notre dévolu pour casser la graine.

Certains dirons qu’on ne mange que des sandwichs le midi et c’est vrai. Rapides à préparer, simples à manger, ne demandant pas de vaisselle ou quasiment. Sauf que nos casse-dalle en voyage, c’est un mélange de pain frais, de fromage local et de viande tout aussi locale. Résultat quand vous jaffez un sandwich à la viande fumée et à la pâte mi-cuite d’un Autranaise goûtu, je peux vous assurer que vous attendez la pause déjeuner avec grande envie.

C’est donc au pied des pistes verdoyantes qu’on déguste nos sandwichs. Les pistes et les infrastructures ont un drôle d’air comme ça, le cul entre-deux saisons à attendre les premières neiges. Les pistes en été, sont disponibles et ouvertes au vttistes. Au loin, un pisteur prépare le balisage des descentes. Méaudre attend patiemment ses touristes hivernaux, dans une douceur et un silence reposant.

Et d’un coup, la route et les paysages changent d’aspect, finis les plateaux verdoyants, place à nos premières gorges : Les Gorges du Méaudret, un dédale à flanc de roches grises et vertes que l’on aurait explosé à la dynamite et terminé à coups de pioche. C’est sublime. La hauteur des roches peut donner quelques sueurs froides à des conducteurs novices mais le jeu en vaut clairement la chandelle. Ça me rappelle le Pays Basque et la fameuse route du Pas de Roland. Ici, dans le Vercors il existe tout un chemin que l’on appelle La route des balcons, qui fait passer par d’anciennes voies tout aussi sublimes les unes que les autres.

On dirait que la roche n’a pas voulu se laisser faire et que c’est contre son gré que la route s’est immiscée. A chacun des virages, au détour d’une sortie de tunnel, c’est une gifle, un « wahouu », un « p’tain c’est beau ». La palette automnale est calibrée à la perfection, les tons sont variés, les couleurs éclatantes. P’tain c’est beau.

Gorges de la Bourne
(1 070 m)

Et ça s’enchaine avec les Gorges de la Bourne encore plus sublime, encore plus whaou. Et tout ça nous lâche au beau milieu de nulle part, entourés et sertis par la chaine du Vercors qui nous rappelle plus qu’étrangement le Parc National des Hautes-Terres du Cap-Breton au Canada.

C’est fou comme l’impression d’être ailleurs, plus loin dans le monde nous dévore. Jusqu’alors les paysages nous bluffaient, ici ils nous subjuguent, nous fascinent et nous transportent. Il est bien possible que parfois l’on râle du froid, de la pluie, mais lorsque s’offre à nous ce genre de paysage, pas un seul instant nous regrettons d’avoir choisi l’automne. La nature est à nous, rien qu’à nous et nous pouvons l’embrasser dans un brouhaha silencieux qui lui est propre.

On tente d’aller visiter la Grotte de Charance, connue pour être ouverte tout au long de l’année, mais conformément à une longue tradition de poisse, elle ferme exactement aujourd’hui et ça pour une longue période de rénovation. On en rigole avec un couple de soixantenaires en vadrouille. On aura beau faire les yeux doux à la patronne de la grotte, rien n’y fait, même elle se sent un peu gauche devant nos regards de chat-potté. Pas grave, d’ici la vue sur les à-pics est majestueuse. Cette grotte n’est qu’à deux heures de route de la maison familiale du sud-est de Cécile, un fallacieux prétexte pour revenir explorer le coin et la région.

La journée s’étire et nos yeux rentrent en mode « soyons attentifs à un bon spot pour passer la nuit ». On pousse jusqu’à Pont-en-Royans, village de carte postale s’il en est. La lumière est dingue et le soleil s’immisce dans les ruelles moyenâgeuses du village, vient se refléter sur les parois colorées de ces maisons suspendues au-dessus de la Bourne qui a fait sa renommée.

Étonnamment, le Guide Vert de 1981 piqué à mes parents ne dit pas grand-chose sur le village. Tout ce que l’on peut retenir c’est que son emplacement stratégique, et sa situation au bout des Gorges de la Bourne en fit l’un des premiers villages électrifiés de France.

On déambule le long de la Bourne, absorbant les rayons de soleil tant on sait qu’en voyage ils peuvent se faire rares et précieux, on admire ses balcons suspendus dont il n’est pas rare d’y voir quelques habitants y taquiner le gardon depuis les hauteurs. La vie y semble paisible, des jardins sont aménagés et entretenus dans les cavités troglodytes de la roche. Pont-en-Royans mérite tout autant un détour que sa réputation de village « carte-postale » du Vercors.

Nous retraversons les Gorges de la Bourne pour emprunter la route du Col de la Croix de Toutes Aures, mi-route, mi-chemin serpentant en lacets, et c’est dans l’un de ses virages que nous poserons notre van.

La vue est agréable, la température douce, on décide même de sortir les sièges, de se caler sur la route face au dévers et décapsuler une bouteille de cette bière ambrée qui s’appelle la Piste Noire. Les pieds posés sur le parapet, nous décompressons et profitons du repos.

Mais la fraicheur de la nuit tombée nous rattrape et vite et nous nous replions à l’intérieur du van pour terminer nos bières, enquiller un pâté et commencer une partie de Scrabble endiablée dont l’issue de la partie, comme la photo le prouve, ne laisse aucun doute.

Demain, une tempête en approche devrait nous apporter son lot de caresses éoliennes et de pluie, la nuit pose sa couverture bleue à l’heure nous préparons la popote. Au loin, nous apercevons les lumières de Valence.

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