Porto, sous un mauvais jour - Retour du Monde - Le blog
Premiers pas dans la ville de Porto, sous un mauvais jour, un mauvais temps. Récit à froid et impressions de nos déambulations dans la ville du Portugal.
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Porto, sous un mauvais jour

Porto, sous un mauvais jour

Suggestion d’accompagnement sonore :

Slim Harpo – Rainin’ In My Heart (Hip-O Records – 1961)
La mélancolie de l’harmonica du grand Slim Harpo, suffit à, de nouveau, me rendre mélancolique de cette journée humide à arpenter les pavés de Porto.

Quand on a décidé de partir vers le sud, au mois de Mai, c’était avant tout pour échapper à la pluie, au froid, aux fringues trempées, aux pompes qui font splouisch et aux soirées de nos voyages de Novembre à enfiler quatre pulls. Mais on était loin de penser que tout ce dont on voulait se débarrasser, viendrait autant nous coller à la peau. On a commencé le voyage sous de mauvais auspices et on a vu Porto sous un mauvais jour.

RdM---Featured_Porto_J1Là, à l’instant T, à l’instant ou se sont écrites ces lignes, à froid – sans mauvais jeu de mots -, oui j’ai détesté Porto. J’étais à 1000 lieues d’imaginer que les mois d’Avril et Mai était synonyme d’un temps aussi capricieux, houleux, sombre, noir et dégoulinant d’une pluie triste.

Je sais que tout ça n’est qu’un malheureux concours de circonstance. Mauvais endroit, mauvais moment. Pourtant la journée avait commencé de manière correcte, déambulant dans les rues de Porto, sans trop savoir où aller. Larguant les amarres et se laissant dériver tranquillement, doucement mais sûrement. Sous la flotte, on est resté plusieurs dizaines de minutes à regarder une partie de foot organisée pour des minots. Entre les entraîneurs furibonds, les parents ruisselants et les gamins frigorifiés, le spectacle d’une ville qui vit, était là, juste sous nos pieds.

RdM_POR_Porto_I_1RdM_POR_Porto_I_2Et c’est après que ça a commencé à se gâter, 10 bornes avalées des premières heures du jour, où l’on avait encore l’espoir de voir un peu de soleil, jusqu’au prémices de la soirée, quand les rafales pliaient les arbres à plus de 80 km/h, que nous sommes revenus encore plus mouillés qu’après 15 jours en Écosse. Porto je t’ai détesté parce que je sais que tu vaux mieux que ça. Ca faisait si longtemps qu’on ne s’était pas vu, pas loin de 25 piges, et j’avais dans l’idée que tu ferais un effort, que tu te serais habillé avec tes habits du Dimanche, toute pomponnée, toute belle que tu peux l’être.

Mais non, tu m’as jeté au milieu de tes rues transformées en chutes d’iguazù, balancé au milieu de tes pavés où, nous, les non initiés, avons tous manqué de nous retrouver le cul par terre, les quatre fers en l’air. Même les rails des tramways, remplis d’eau, avaient un débit à vous happer un homme.

Du monde partout, des touristes à ne plus savoir quoi en faire, saucissonnés dans des K-Way en mauvais plastique, achetés pour quelques centimes à des moins-que-rien sans le sou, fleurant bon l’aubaine de quelques centimes. Du monde, du monde, partout du monde, Donna Rita à Rio de Onor nous dira la même chose quand nous ferons sa rencontre : « Porto ? Muitas, muitas, muitas pessoas ! ».

RdM_POR_Porto_I_3Je pensais que la pluie les ferait fuir, penses-tu. Ils étaient là en masse, un coup de parapluie dans l’œil par ci, un coup de perche à selfie par là, s’agglutinant, sans gêne, dégoulinant de flotte, bousculant sans raison, cherchant un abri comme refuge mais ne voulant rien louper pour autant.

Après avoir vu Rome sous la pluie, je pensais avoir vu le maximum de la combinaison tourisme de masse plus mauvais temps. Porto, t’as pété les records.

On a joué de malchance, je le sais, et pourtant je t’en veux quand même, Porto. Un Musée de la Photographie que je me faisais une joie de découvrir pour au final trouver une ancienne prison, où nous étions tous là à tourner en rond comme des bagnards résignés, cherchant en vain où se trouvait les expos. Des expos il n’y en avait pas, 90% du bâtiment était en travaux.

Des disquaires quasi inexistants, la fameuse librairie Lello & Irmao, un soi-disant « must see », en travaux elle aussi, des églises fermées, des boutiques « typiques » fleurant bon le Made In China et les produits What the fuck ! – mention spéciale au tire-bouchon en forme de pénis, plusieurs tailles disponibles -, des petits cafés mignons où la queue de touristes asiatiques attendant sous la pluie en aurait découragé plus d’un, dont nous.

RdM_POR_Porto_I_22RdM_POR_Porto_I_23RdM_POR_Porto_I_24Je ne parle même pas du Mercado de Bolhao et du sans-gêne du tout venant, où chaque vendeur, chaque petite vieille ridée devenant alors une attraction touristique où s’agglutinent des dizaines et des dizaines de photographes du Dimanche par paquets entiers.

RdM_POR_Porto_I_4RdM_POR_Porto_I_5RdM_POR_Porto_I_6Ça se bouscule, ça déclenche, mais ça n’achète pas, pas un fruit, pas un légume. On se balade ici comme on visiterait un zoo. J’étais gêné, mal à l’aise. Je n’avais plus envie de jouer, plus envie de photographier.

RdM_POR_Porto_I_7RdM_POR_Porto_I_8RdM_POR_Porto_I_9RdM_POR_Porto_I_10On s’est laissé voguer dans les rues inondées et poussés par un courant impromptu, on s’est glissé sur les berges de la Gare de Porto-São Bento. Trouvée par hasard, c’était surtout l’occasion d’un refuge, le temps de souffler, un peu, de se sécher, beaucoup. Mais là encore la magie n’a opéré qu’à moitié. Il y avait bien cette Donna qui, séant posé sur une chaise de paille, braillait des « Umbrellas ! Umbrellas ! » au tout venant, bien décidée à arracher quelques euros à un touriste surpris par ce temps maussade de Printemps.

RdM_POR_Porto_I_11RdM_POR_Porto_I_12RdM_POR_Porto_I_13Mais ça n’a pas suffit. On a déambulé dans le hall de la gare, le nez en l’air, admirant les azulejos, tâchant tout de même de garder un œil à droite à gauche sur les pickpockets intelligemment répartis dans la gare. On n’était clairement pas les seuls à avoir choisi de se réfugier au sec, dans la gare de São-Bento, plus de touristes en goguette que de locaux en partance.

RdM_POR_Porto_I_14RdM_POR_Porto_I_15RdM_POR_Porto_I_16Du monde, du monde, toujours du monde, une aubaine pour les tireurs de larfeuille. On a papillonné sur les quais, tentant au mieux de capturer des ambiances, pour quand même profiter de l’instant. S’usant les yeux et les méninges sur les histoires racontées grâce aux azulejos, louchant sur l’imposant signe marqué Minho, la première région que l’on devrait traverser une fois arraché de Porto, et puis on a repris la route des gouttes et des averses.

RdM_POR_Porto_I_17RdM_POR_Porto_I_18RdM_POR_Porto_I_19Dans une dernière tentative, repoussant les limites de l’humidité, on est partis longer les quais du Douro par la Rua Nova da Alfândega, pour se réfugier au sec à l’Armazem, une sorte d’entrepôt réhabilité en lieu alternatif à la fois brocante et café. Longeant des bâtisses décrépies où le linges oubliés sous le crachin portuan, semble être voué à ne jamais sécher et au bout de quelques demi-tours, de « t’es sûr que ce n’est pas là ? », on est enfin arrivé à l’Armazem. Le lieu était quasiment désert, les vendeurs marqués de déprime de ne pas voir de chaland, je m’en était peut-être fait tout une montagne, moi l’amateur de vieilleries et de bibelots en tout genre, toujours est-il que l’Armazem ne cassait pas trois pattes à un canard.

RdM_POR_Porto_I_25RdM_POR_Porto_I_26On a eu beau forcer les choses, rien n’a tourné dans le bon sens. Résignés et le moral au fond des chaussettes – mouillées – on est ressorti affronter la grisaille. Et pourtant on n’a pas lâché l’affaire, on a farfouillé, tourné, marché, grimpé, quand on a commencé à avoir les chaussettes mouillées, les cheveux ruisselants et les fringues bonnes à être essorées, on a décidé d’arrêter la mascarade.

RdM_POR_Porto_I_21RdM_POR_Porto_I_20On est rentré penauds, frigorifiés mais couillons. Porto, toi et moi on sait que je reviendrai te voir, à un autre moment, où les circonstances seront différentes, ou l’alchimie, la vibe seront toutes autres. C’est juste une mauvaise seconde fois, mais je suis sûr que d’ici demain, notre second jour à arpenter tes ruelles vieillissantes, tu sauras faire un effort et moi aussi.

Nikon D610 | Nikon F – Fuji Neopan Acros 100

22 Commentaires
  • argone
    Posted at 11:13h, 06 septembre Répondre

    ah zut …. bah des fois la magie ne fonctionne pas, ou alors on s’imagine des choses magnifiques dans la tête et forcément on est déçu … C’est vrai que le temps joue beaucoup, j’étais en Andalousie début avril et le temps était assez pluvieux, et froid ! 🙁

    • retourdumonde
      Posted at 15:16h, 06 septembre Répondre

      De Porto, je n’avais que quelques bribes de souvenirs de quand j’étais gamin, donc je ne m’attends à rien si ce n’est ce qu’on m’en avait dit. La pluie, le froid on a l’habitude mais disons que cette fois où espérait un peu en réchapper !

  • mzelle fraise
    Posted at 13:26h, 06 septembre Répondre

    Vivement la troisième fois alors ! J’aime toujours autant la gouaille de vos articles, et bravo pour les photos (encore, toujours).

    • retourdumonde
      Posted at 15:23h, 06 septembre Répondre

      Voilà, jamais deux sans trois, ce sera peut-être la bonne ! Merci, la journée, le moral, la fraîcheur, et un soupçon d’énervement m’ont sans doute beaucoup aidé pour sortir ce papier. Dépêche-toi d’écrire sur le Tessin que je puisse te retourner le compliment 😉

  • Isa
    Posted at 14:07h, 06 septembre Répondre

    Quand ça veut pas, ça veut pas… C’est comme ça, et c’est pas si grave ! Encore heureux que l’impression que l’on peut avoir d’un endroit varie en fonction de la météo, de l’humeur et de l’âge du capitaine… 🙂
    Du coup j’ai envie de dire que ça fait pas super envie 😀
    Isa Articles récents..Rencontres merveilleuses avec les animaux de l’Ouest américainMy Profile

    • retourdumonde
      Posted at 15:25h, 06 septembre Répondre

      Ahaha, non il ne faut pas que ça rebute, j’ai essayé de le mesurer mon papier et de bien faire comprendre que mon avis n’est pas tranché, que c’était vraiment, moi, à un endroit et un moment donné qui est saturée. Mais ça reste tout de même une ville qui vaut la peine d’être parcourue ! 🙂

      • Isa
        Posted at 10:03h, 09 septembre Répondre

        Oh bin non, faut pas mesurer les papiers, faut que ça sorte comme on le ressent ! Tant pis de l’impact qu’on a sur les lecteurs 😀

        • retourdumonde
          Posted at 15:24h, 09 septembre Répondre

          Je le dis, mais tu sais tout autant que moi, que je ne suis pas du genre à mesurer. J’ai écrit ce papier, j’avais besoin de l’écrire, de le sortir, c’est sorti, c’est publié sans passer par la case « Filtrons pour le lecteur » 🙂

  • 100driiine
    Posted at 15:43h, 06 septembre Répondre

    Toujours beau… Il y a un charme pour chaque saison et chaque météo !

    • retourdumonde
      Posted at 15:20h, 09 septembre Répondre

      Ah ça je suis bien d’accord, on râle sur le moment puis au fond ça nous laisse quand même des souvenirs 😉

  • LadyMilonguera
    Posted at 18:13h, 06 septembre Répondre

    C’est dommage, parce que j’ai eu la chance de pouvoir découvrir Porto sous une météo bien plus clémente que la tienne et je suis tombée sous le charme. Et en même temps, je te comprends aussi, car en mai dernier, mon homme et moi nous envolions pour Malte pour essayer de profiter de l’été en avance… Et ça n’a pas été ça du tout… Du soleil, mais un vent à décorner les bœufs et une valise contenant trop de manches courtes et de petits trucs légers… J’ai fait mon bibemdom, j’ai superposé les couches… Pas toujours facile et agréable mais quand même, ça a limité la casse…
    LadyMilonguera Articles récents..La vertigineuse Vertical Connexion de La ValetteMy Profile

    • retourdumonde
      Posted at 15:23h, 09 septembre Répondre

      J’ai beaucoup de moins de problèmes avec le vent (quoique j’ai un souvenir de l’Islande où ça commençait à me rendre fou au bout de 4 jours de tempête), mais la pluie qui te glace, ça devient vite compliqué. Après, sans tout dévoiler, le lendemain fût un petit peu mieux.

  • NoNo64
    Posted at 18:19h, 06 septembre Répondre

    Excellent choix Slim Harpo!!!

  • Véronique
    Posted at 18:58h, 07 septembre Répondre

    Je sais comme c’est frustrant de découvrir une nouvelle ville sous la pluie… Et puis Porto c’est pas Dublin normalement. (Ça me rappelle cinq jours à Madère, avec quatre longues journées passées sous des seaux d’eau…) Enfin, pourtant tes photos sont vraiment belles, surtout avec des parapluies et des ciels gris. Et oui, ça vaut le coup d’y retourner. Enfin moi j’avais trouvé ça extrêmement charmant.

    • retourdumonde
      Posted at 15:29h, 09 septembre Répondre

      Voilà, frustrant, c’est le mot ! J’ai l’impression que Porto divise, c’est tout ou rien, mais au moins ça a le mérite d’être un bon sujet de discussion !

  • J'ai écrit
    Posted at 15:08h, 11 septembre Répondre

    C’est drôle comment le temps change notre perspective sur un lien que l’on visite pour la première fois. Je crois aussi que ça dépend dans quel état d’esprit on s’est aussi mis et comme vous, je crois que Porto je me serais dit « soleil youhou » alors que pour mon road trip en Ecosse, la pluie ne m’a pas dérangé et j’ai meme trouvé qu’elle pouvait donner – un petit peu, faut pas abuser non plus – de charme. En tout cas, les photos restent époustouflantes !

    • retourdumonde
      Posted at 18:10h, 14 septembre Répondre

      Tout à fait et au fond c’est ça qui est bien en voyage, c’est que ton impression peut être différente du tout au tout, seulement selon les variations de la météo ! Merci pour ton chouette message. 🙂

  • Paul
    Posted at 14:37h, 12 septembre Répondre

    Nous étions à Porto au mois de novembre, et la première chose que nous a dit notre hôte AirBnb, c’est : « Profitez-en, il fait beau aujourd’hui et demain, allez vous promener avant la pluie. Porto a deux visages, l’un au soleil, l’autre sous la pluie » Mêmes impressions que vous au marché de Bolhao et dans la fameuse bibliothèque « à voir absolument »… Enfin, pour y être rester une semaine, j’ai finalement beaucoup apprécié la ville même si effectivement il y a beaucoup de monde. Et en arpentant les mêmes rues plusieurs jours de suite, on a fini par trouver nos petits coins…
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    • retourdumonde
      Posted at 12:02h, 15 septembre Répondre

      Voyager c’est souvent plein de pièces d’un même puzzle qui s’imbrique, parfois il suffit qu’une pièce ne soit pas la bonne et alors la vision d’ensemble semble être un peu déformée. C’est un peu ce qui s’est passé pour nous, pour cette première journée de découverte de Porto.

  • Tiphanya
    Posted at 10:51h, 20 septembre Répondre

    Je ne pensais pas que Porto était une ville si noir de monde. En fait je viens de voir qu’il y a des vols directs entre notre bout de France et Porto, donc je commence tout juste à m’y intéresser. Et je garde en tête de ne pas prendre pour acquis qu’il y fait beau.
    Cela me rappelle une semaine à Tunis, sous la pluie, la grêle et les pieds dans la boue (et plus).

    • retourdumonde
      Posted at 14:48h, 20 septembre Répondre

      Comme je le dit dans le premier article, on du tomber à un moment un peu blindé, de là à savoir si c’est toujours au mois de Mai ou non je ne sais pas. Après c’est vrai que le Portugal devient une destination très prisée suite au relatif abandon des touristes pour les pays du Maghreb ou de la Grèce par exemple. Mais ça reste une belle ville.

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