Retour du Monde - L'Ecosse au carré
Armé du Yashica de son père, en couleur ou en noir et blanc, en carré et en 12 poses, William a imprimé l'Écosse sur pellicules.
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L’Écosse au carré ²

L’Écosse au carré ²

Je l’ai souvent dit, ma première rencontre avec l’argentique elle remonte à loin, à toutes ces vacances passées sur les routes de France et d’Europe où je profitais que mon père me tourne le dos pour lui piquer son F801. Je m’amusais avec les filtres gradués, je tentais, j’osais, sans même savoir à quoi ressemblerait le résultat final. Je crois même que mon premier souvenir avec son boitier, c’était en Écosse, une petite église au bord de la route que je recroiserais par hasard 16 ans plus tard. Et puis un jour il a décidé d’acheter un 6×6, un Yashica Mat-124 g d’occas’. Je me penchais dessus son épaule, circonspect par cette inversion de la visée, ne comprenant pas vraiment. Et comme j’aime bien comprendre, ça m’attirait encore plus. Et il aura fallu plus de 15 ans pour que, lassé de le voir prendre la poussière sur l’étagère du salon, je me décide à lui offrir un énième souffle, une énième vie, une énième histoire à raconter…

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Pourtant mon retour à l’argentique, c’est avant tout l’histoire d’un rendez-vous manqué. Je voulais y revenir depuis longtemps. Alors on pourrait me reprocher de suivre un effet de mode, ou encore d’en copier certains mais ça à vrai dire, je m’en fous. C’est avant tout une décision personnelle et ceux qui me connaissent savent que c’est plus ou moins logique, que ça devait bien arriver un jour ou l’autre. Avant l’été j’avais eu l’occasion de tomber sur une affaire, de trouver un boitier pas commun, le tout premier 35mm de Rolleiflex, le SL-35. Acheté pour une bouchée de pain, remis à neuf pour une plus grosse bouchée, j’avais décidé de le gâter, de lui offrir une énième sortie de notre trio infernal, avec pour terrain de jeu, mon pays de cœur, le Pays Basque.

J’ai alors chargé mon premier rouleau avec un soin tout particulier, attendu avant de prendre ma première photo ne voulant pas gâcher ses 36 souvenirs à venir, voulant être sûr de ce que je voulais figer et de pourquoi je voulais le figer. Sur ces 4 jours, ce premier rouleau m’était très personnel. Presque intime. J’avais figé des gens que j’aime dans des paysages que j’aime tout autant. Pour ne pas oublier, pour garder à jamais des moments. L’argentique a un truc personnel, qu’on n’explique pas. Mais aussi un certain rapprochement, Il brise les distances, met à terre les barrières, rajoute de la proximité.

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Cette péloche dans ma tête elle me semblait parfaite. Quand bien même je serais planté dans des cadrages, loupé dans des expositions, elle aurait été parfaite. Mais voilà, la chance du débutant a oublié de faire acte de présence, et c’est la malchance qui a montré le bout de son nez. J’ai déposé mon rouleau. J’ai attendu, me refaisant les 36 poses dans ma tête, me souvenant de chaque photo avec le sourire, en attendant certaines plus que d’autres pour des raisons qui me sont propre. Mais la sanction a été sans appel : film vierge. Zéro photos, zéro souvenirs. Un premier film mal enclenché et tout s’écroule. Je suis sorti du photographe la tête basse, le moral à zéro, l’impression d’avoir perdu quelque chose. Je me suis rassuré comme je pouvais, en me disant que ça arrivait bien à d’autres, mais franchement le mal était fait.

C’est con hein, alors que j’avais fait 400 photos au numérique durant ces trois jours, je ne comptais que sur ses 36 là figées sur la bobine d’une Portra 160. Et puis il y a eu l’écosse, je me suis dit que c’était l’occasion de conjurer le sort, de recommencer de zéro. Certaines circonstances on fait que je n’ai pas pu emmener le Rolleiflex qui était en réparation, enfin en amélioration. Le Yashica allait être ma boite à souvenirs pour ce voyage. Comme un novice débutant qui démarre, j’ai chargé mon premier rouleau en regardant une vidéo youtube, histoire de ne pas répéter les mêmes erreurs.

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Et j’ai attendu le départ avec impatience, la première photo avec insistance. J’ai pris 8 rouleaux : 4 de noir et blanc (Rollei Retro 400s), et 4 de couleurs (Kodak Portra 400). Ne sachant pas vraiment par lequel commencer. Ce noir et blanc que j’aime tant et que j’ai du mal à retranscrire en numérique ou la couleur, la plus à même de rendre les couleurs automnales de l’Ecosse. J’ai commencé par une n&b. Le 6×6 demande que l’on prenne son temps, cet ancêtre assumé d’Instagram requiert de la patience.

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On réfléchit à son cadrage, on bouge dans le sens inverse, on oublie dans quel sens il faut bouger, on prend bien 5 minutes à se trémousser dans tous les sens pour redresser l’horizon. On jette un œil sur la cellule, on sort la visée sport pour faire la mise au point. Clac, on referme. Mais comme on a bougé on recommence son cadrage, l’esprit à 1000 à l’heure, on pèse le pour et le contre : Et si je remontais un peu ? Plus de ciel et moins de terre c’est bien non ? On déverrouille le déclencheur et on se lance. Clic. Un clic à peine imperceptible. C’est dans la boîte. Ça y est, c’est ce petit embarcadère à Luss sur le Loch Lomond que j’ai choisi comme première.

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Une fois la première prise, la suite a été plus simple. Je voyais les paysages de l’Écosse en carré. Réfléchissait en carré. Et puis vient le temps où on se libère, où on tente, on s’amuse de la profondeur de champs. On réfléchit au contraste. Les rouleaux se sont enchainés. Certains ne duraient que le temps d’une journée, ou d’une demi-journée. D’autres s’écoulant sur plusieurs jours. Dans l’obscurité du van par une nuit fraiche ou balloté par les vents au milieu du rien, je passais à l’arrière changeant mes rouleaux. Alternant couleur et noir et blanc, traitant mes pellicules avec respect. Notant dans mon carnet, le numéro, la dernière photo, la date. Prenant des habitudes que je n’avais pas. Et comme parfois je ne voulais pas avoir à changer un rouleau au milieu d’une route, au milieu d’une journée, le soir venant je cherchais une idée pour le terminer, finir à 12.

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Au fur et à mesure que les nombres de rouleaux déjà exposés grandissaient devenant plus importants que les vierges, l’impatience de voir le résultat devenait de plus en plus grande. Bon soyons honnête, il y a eu aussi des points noirs. En Écosse le Yashica m’a fait un coup de calgon comme on dit. Parfois après certaines prises, la manivelle de rembobinage se bloquait, impossible de faire avancer le film. Et là, on se dit que ça y est le serpent de la malchance n’a pas totalement terminé de se mordre la queue. J’ai cherché à comprendre, puis je me suis vite rendu compte que le seul moyen pour que la manivelle puisse tourner à nouveau consistait à déclencher de nouveau. Mais voilà, à quoi allait ressembler le résultat ? Une double exposition ? Une photo floue ?

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Au volant, enchaînant les bornes, j’essayais de comprendre, sans jamais trouver l’explication. Et puis des fois ça ne le faisait plus, d’autres fois ça le faisait sur tout un rouleau. Je pestais comme pas deux. Mon côté sanguin a repris le dessus, j’ai gueulé, j’ai insulté, je me suis énervé. Faisant résonner un paquet de noms d’oiseaux au beau milieu des montagnes écossaises. J’avais peur de me foirer de nouveau. Et tout ça pour rien en plus, car au retour j’aurais le verdict : Ni double expo, ni photo floue. Déclencher de nouveau, n’a eu aucune incidence sur les photos. Hormis le fait de m’avoir faire prendre plusieurs fois la même photo, parce que celle-ci je la voulais absolument.

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Sur ses 6 rouleaux j’ai essayé de mettre un peu de tout. Des choses que j’étais sûr de prendre au numérique mais que je voulais voir sous un aspect différent. Comme la silhouette du Glenfinnan Monument se découpant dans un ciel nuageux, la forêt dense de Water of Nevis, le Snack fermé de Mallaig, ou cette brume le matin du dernier jour, sur une route que j’ai profondément aimé et qui m’a parlé, remuant en moi des sentiments familiers.

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Et il y a les autres, celles où j’ai pris le risque de ne les prendre qu’avec le Yashica. Comme ces deux vendeuses de la plus vieille boulangerie de Skye, une petite vieille et une grande quadra frôlant le mètre 90, habillée tout en léopard, où ces deux matafs attendant leurs fish & chips à Portree ou bien encore les croisillons de ce pont enjambant les rails de la petite gare de Strathcarron, ou encore…

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Avant même de voir le résultat j’étais sûr d’une chose, avec l’argentique on ne triche pas, on ne trie pas, on ne retouche pas. Je suis Balance, et pour moi choisir relève du défi, de la quasi mission. Et c’est toujours compliqué à chaque tri de photos à chaque retour de voyage. J’ai appris à écrémer, à supprimer, à faire des choix, mais là les photos sont là, je n’ai fait qu’une prise de chaque, sauf cas exceptionnel. Pas de choix, imaginé un peu le bonheur pour moi. Et puis pas de retouche non plus, c’est là, c’est exposé comme ça ou comme ci et peu importe si on s’est planté. Une fois seulement il m’est arrivé de shooter deux photos oubliant totalement de regarder la cellule. Le dernier jour, sur le dernier rouleau.

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Ensuite il y a eu le retour. A peine atterris le premier truc que j’ai fait c’est de filer les déposer. 2 jours d’attente. Le SMS tant attendu est arrivé le jour du premier jour de taff, le jour de la reprise, comme une récompense. J’ai tracé, n’en pouvant plus d’attendre. La boutique était pleine, j’ai pris mon mal en patience. « Live-messageant » mon attente à ma « marraine », pour cette fois-ci mettre toutes les chances de mon côté. Puis vint mon tour. L’attente du retour de la vendeuse les doigts croisés à en devenir blanc, me parut durer une éternité, plus que pour les autres clients. J’ai cru à la même sentence. Mais sur 6 rouleaux, c’était obligé qu’au moins un ait fonctionné. Obligé. Et puis elle m’a tendu deux enveloppes, dans chacune un cd. Ouf.

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Je suis rapidement rentré. Pour moi l’impatient, ça devenait intenable. Un métro interminable, et deux escaliers plus tard. J’ai passé la porte, je me suis servi le dernier verre d’Irn Bru, histoire d’avoir des saveurs de ce voyage en bouche. J’ai éteins les lumières. Toutes. J’ai pris le temps de choisir une bande son à ce moment. J’ai déposé sur la platine un vinyle de Dinah Washington & Brook Benton. J’ai lancé le premier cd de photos et à la lumière de l’écran on s’est refait le film de ce voyage. Dans les enceintes Dinah chantait « Baby, you’ve got what it takes », et elle avait bien raison.

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