Retour du Monde - Canfranc, une gare plus grande que le Titanic
Lui, est graphiste et passionné de photo. Elle, est tchatcheuse et un peu paresseuse. Ensemble, ils vous font voyager sans bouger de votre canapé
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Canfranc, une gare plus grande que le Titanic

Canfranc, une gare plus grande que le Titanic

« Plus grande que le Titanic ! » voilà ce que scandaient les publicités à l’ouverture de la gare de Canfranc. Un paquebot de pierre et de béton de plus de 240 mètres de long, orné de 365 fenêtres, une par jour, de 156 portes et perché à plus de 1000 mètres d’altitude. Canfranc, la majestueuse avait alors tout pour séduire, malgré une histoire des plus sombres. Visite interdite de la 2ème plus grande gare d’Europe, laissée à son triste sort depuis plus de 30 ans.

J’ai disséminé quelques photos à l’argentique que mon père avait fait à l’époque au Nikon F801, afin de pouvoir comparer avec maintenant.

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Après le désert des Bardenas, on a quitté le monastère de Leyre et le Pays Basque, pour reprendre la route vers le dernier point d’orgue de ce mini road trip. La topographie de la route a alors changé, le paysage s’est fait de plus en plus enclavé, les montagnes se sont resserrées et puis après une bifurcation et quelques virages, nous étions enfin arrivés dans la petite ville de Canfranc, posée au fond d’une vallée à un jet de pierre du col du Somport, frontière entre la France et l’Espagne.

Cette gare a une histoire longue, sombre, compliquée. Mais imaginez un bâtiment gigantesque perdu au milieu de nulle part, coincé entre les montagnes et une forêt de pins qui fut plantée à l’époque de sa construction pour ralentir les éboulements et les coulées de neige. Imaginez une gare internationale inaugurée en grande pompe par Gaston Doumergue et Alphonse XII, un hôtel de luxe, un quai interminable, des escaliers de marbre, un buffet, un trafic continu. On prend même la gare de Prague en exemple pour le choix de la décoration des halls, avec boiseries, moulures. Aujourd’hui tout ça n’existe plus, seul un TER espagnol assure une liaison entre Canfranc et Saragosse deux fois par jour. Les quais sont vides, la verrière démontée, les fenêtres condamnées, les escaliers s’écroulent.

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Nous avions découvert cette gare quand j’étais minot il y a plus d’une vingtaine d’années (le petit bout d’cul au milieu de la photo c’est moi). Intrigué par son histoire et par son faste. Son histoire parlons-en justement.

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Construite au début du XXème siècle, l’Espagne pense Canfranc comme un fleuron de modernité, un exemple. On détourne le Rio Aragon, on dégage 18 hectares de terre, on creuse 16 tunnels et 5 viaducs. Canfranc a alors pour vocation de devenir LA gare internationale ouvrant les Pyrénées au trafic de voyageurs et de marchandises.

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Suite à une histoire d’égo, l’écartement des voies en France et en Espagne se trouve être différent (ce qui nuira grandement à l’activité de la gare), Canfranc devient donc un terminus obligatoire, où chacun des deux pays possède son propre quai de chaque côté du bâtiment. Inaugurée juste avant la crise économique mondiale de 1929, la sauce ne prend pas vraiment, ou plutôt n’a pas vraiment le temps de prendre. Viendra ensuite la guerre civile espagnole, et la seconde guerre mondiale. Et c’est là que Canfranc va rentrer dans l’histoire pour une bien sombre raison.

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Tout d’abord la gare est occupée par les Allemands, histoire d’empêcher les résistants de fuir vers l’Espagne. Mais Canfranc sera surtout pour l’Allemagne nazie, un formidable point de passage pour un vaste trafic d’or. Il faudra attendre les années 2000 pour que l’histoire soit révélée, après qu’un conducteur de TER, attendant de prendre son service trouvera un tas de vieux papiers, abandonnés au gré du vent, estampillés du logo du IIIème Reich. Jonathan Diaz mène alors son enquête, fouille, interroge, et révèle l’existence de ce trafic qui dura plus d’un an.

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86 tonnes d’or ont ou auraient transité à Canfranc. De l’or nazi volé aux banques européennes et aux juifs qui servait principalement de monnaie d’échange entre l’Espagne et le Portugal, pour l’achat de Wolfram, nom allemand du tungstène, utilisé pour la fabrication d’armes et de canons.
L’histoire a éclaté au grand jour, et la RENFE, la SNCF espagnole, a même menacé Jonathan Diaz de procès, l’obligeant à rendre tout ces documents salis d’une histoire que l’on préfère garder secrète.

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Aujourd’hui encore des doux dingues continuent de penser qu’un trésor se cache dans les environs de la gare de Canfranc. A la fin de la guerre, la vie de la gare reprend, la liaison entre Pau et Canfranc est rouverte, les tunnels sont déblayés, l’activité reprend jusqu’en 1970 date à laquelle un train de marchandise effectuera le grand saut depuis le pont de l’Estanguet, finissant sa course dans le gave après avoir glissé sur les rails givrés. Cet accident, que certains disent « voulu » par la SNCF voulant à tout prix fermer cette liaison qui s’avérait être un gouffre financier, sonnera le glas de la gare de Canfranc. Côté français du moins.

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De nos jours la gare de Canfranc, est ouverte aux quatre vents, rien n’a vraiment changé depuis 20 ans, si ce n’est que les herbes folles ne cessent de prendre l’ascendant sur les wagons laissés à l’abandon. Il n’y a qu’à voir sur les photos ci-dessous, la différence de végétation. Les wagons en bois s’écroulent, ceux en métal ne sont pas épargnés par la rouille, les planchers s’effondrent.

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Maintenant il est impossible de monter sur les quais, l’ensemble de la gare est entourée de barrières, des caméras à chaque coin sont censées dissuader les rodeurs. Tout ça est en place depuis 2008, lorsque la toiture de la gare fut entièrement refaite, en prévision de transformer Canfranc en un hôtel de luxe… Mais être là, au bout de notre voyage, à quelques pas à peine des wagons abandonnés, ne me dissuade pas du tout de traverser les voies. Je veux montrer ça à Cécile, et je veux surtout revoir ce lieu complètement dingue.

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Un coup d’œil à droite, un coup à gauche. Personne sur le quai. On fait attention à ce que personne ne nous voie, pour ne pas avoir à subir un effet « troupeau ». On descend le quai, traverse les voies. On sursaute quand on entend les cailloux crisser, on a le cœur qui s’emballe lorsqu’un train de marchandise freine pour se garer sous un silo à grain. Le palpitant est à plein régime, l’adrénaline fait que nos sens sont en éveil, et au détour d’un bâtiment, voilà enfin les wagons.

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Alignés sur plus d’une centaine de mètres, dévorés par une végétation jamais rassasiée, ils sont les vestiges du faste de Canfranc, ceux qu’on devait à l’époque envoyer au musée des chemins de fer de Madrid. Le chemin se fait en suivant le ballast, en regardant les détails de pièces rouillées, en décryptant les indications marquées sur les wagons, en s’émerveillant parfois sur les dégradés que fait la rouille mélangée à la peinture. Les plafonds s’écaillent, les portes se cassent la gueule, les parois se sont recouvertes de graffiti au fur et à mesure des années.

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Même si la vue est magnifique, le temps est presque trop beau pour cadrer avec cette atmosphère de mélancolie. On aperçoit des anciens wagons lits, je reconnais même certains wagons que j’avais vu petit. On remonte les voies, silencieux, dans une attitude presque monacale, pour ne pas se faire repérer d’une part, mais surtout parce que l’atmosphère laisse sans voix.

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On arrive alors jusqu’à d’anciens quais. Les fils électriques pendouillent, le tableau du disjoncteur est laissé à l’air libre, la toiture menace de s’effondrer. Seuls les escaliers s’engouffrant dans les sous sols de la gare semblent avoir conservé un minimum de gueule. On continue vers les derniers wagons alors qu’au loin on entend la guide espagnole faire une visite, venant rompre la symphonie des bruits flippants, propres à l’Urbex.

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On rebrousse chemin, on remonte les voies, on remarque que dans les bâtiments attenants, croupissent encore des wagons, encore et encore. Lorsqu’on remonte sur le quai, on retrouve le brouhaha des touristes qui finissent de nous sortir de notre bulle. On admire une dernière fois la façade de la gare, regrettant vraiment de ne pas pouvoir la montrer à Cécile, sous le même jour que nous l’avions vue à l’époque, avec la verrière, les panneaux de villes, la grande horloge.

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Visiter Canfranc, c’est une expérience en soi, c’est un saut dans le temps. Je sais que j’y retournerais à différentes saisons de l’année, plus tôt dans la journée. Pour s’y enfoncer encore plus, découvrir des choses nouvelles, des bâtiments nouveaux, des points de vue différents. Ce paquebot plein de mystère colle à la peau. Qui sait encore combien de temps pourra-t-on se perdre dans ce labyrinthe. On parle encore, pour la énième fois de rouvrir la ligne à nouveau…

P.S. : Comme pour les Bardenas, on vous prépare une petite vidéo histoire de vous imprégner de l’ambiance du lieu. Mais pour ça, il va falloir attendre un peu.


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