A la recherche d'Aritzakun, dans la vallée de Baztan
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A la recherche d’Aritzakun, dans la vallée de Baztan

A la recherche d’Aritzakun, dans la vallée de Baztan

A quelques kilomètres de la frontière entre la France et l’Espagne, au bout d’une route de montagne qui part de Bidarray, ou d’un chemin perdu dans la vallée de Goramakil et de Baztan, sommeille le village abandonné d’Aritzakun. Découvert dans un bouquin puis dans un reportage à la télé, c’était le but de la rando de cette première journée, partir à sa découverte, remonter le temps, pour atterrir devant le fronton d’Aritzakun.

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Sur Aritzakun, il est assez difficile de trouver des informations sur les raison de la désertion de ce village, tout ce que j’ai pu trouver c’est un article de Sud Ouest daté d’il y a plus de 3 ans. Dans les années 50, Aritzakun comptait plus d’une trentaine de maisons habitées et de fermes éparpillées dans la vallée de Baztan.

5 familles semblent encore y habiter. L’article nous parle aussi d’une fête organisée par les anciens habitants du village, qui avec enfants et petits-enfants sous le bras font revivre le temps d’une journée la vie du village. Il semblerait que petit à petit les habitants soient partis pour changer de métier, devenir métayer ou autre et, de fil en aiguille d’autres ont suivi choisissant soit le côté espagnol, soit le côté français ou même pour certains un nouveau continent avec les Amériques. Car la vallée de Baztan c’est le pays des hidalgos, indianos, ou encore amerikanoak comme les appelaient péjorativement et jalousement les basques restés au pays, c’est à dire les basques partis émigrer en Amérique du Sud ou en Amérique du Nord, puis revenus au pays après avoir fait fortune. Voilà ce qu’on peut dire en guise d’introduction sur Baztan, et le village d’Aritzakun.

 

On est donc partis de Bidart, tôt, le matin sous un ciel chargé gris et d’où tombait une pluie fine et glacée. Au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans les terres, les langues de brumes se font plus nombreuses, venant lécher les montagnes et danser au dessus des forêts de hêtres. On enchaîne les villages dont les noms me sont familiers, Ibarron, Saint-Pée-Sur-Nivelle, on traverse Ainhoa et enfin on passe la frontière du coté de Dantxarinea avec son fantomatique poste frontière. La ville est devenue au fil des années une véritable usine à touriste, où les ventas s’enchainent tenues par le même groupe (le fameux Peïo, des ventas du même nom). On a qu’une seule envie remonter en voiture et avaler les kilomètres restants jusqu’à la petite route qui nous plonge au cœur de la vallée du Goramakil et de ses montagnes.

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Sur la route qui défile en Espagne et descend plus au sud (la route N-121-B), un petit chemin presque invisible (NA-2655) indique sur la droite Goramendi et la vallée de Baztan, c’est par là que se trouve le point de départ de notre rando. On s’enfonce sur ce petit chemin que l’on commence à bien connaître et on reprend très vite nos réflexes de « road tripeurs » à savoir faire quelques kilomètres, puis s’arrêter, juste pour admirer le paysage, le voir évoluer, repartir et ainsi de suite. Et en effet quelques centaines de mètres après avoir tourné, une fois passée la trouée d’arbres, nous voilà sur un promontoire qui domine la vallée.

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Les nuages sont très bas, on les croirait en train de danser entre les monts et les plaines. Le paysage est magnifique, un subtil mélange entre l’Ecosse, l’Islande ou même la Norvège (on m’a même dit Bali !). La brume dansante fait sans cesse évoluer le relief du paysage. C’est beau, et revoir ces paysages est pour moi toujours un bonheur. En guise de bande son, quelques bêlements, le cri des vautours, le hennissement des Pottoks, et quelques vaches en bas dans les plaines.

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On s’arrache du paysage, pour filer au point de départ de la rando. Lorsqu’on arrive, la brume se met soudainement à nous encercler, ne nous laissant qu’une très infime visibilité d’à peine 25/50 mètres. Changement de programme, on prend le temps de manger avant de partir, histoire de voir si la pluie qui vient d’apparaître va se calmer ou non. Un rapide coup d’œil au panneau et au chemin avant de partir, on le prend aussi en photo histoire d’avoir une « trace » du chemin, et on profite d’une accalmie pour se lancer.

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On grimpe les collines, on traverse la route, et on passe à coté de Mairu Hillariak, sorte de cromlech datant de l’Âge de Fer. Ces cercles de pierres de différentes tailles, servaient à abriter les cendres d’un défunt et son trousseau. Leurs dimensions varient de 2 à 12 m de diamètre et il y en plein dans la région de Baztan. Le chemin continue, on glisse sur les herbes humides et sur une terre gorgée d’eau. Dehors la température est de 14°c mais reste supportable. De toutes les manières la beauté des paysages changeant est magnifique et nous fait vite oublier la météo. Le Pays Basque sait récompenser les courageux qui osent affronter son climat parfois capricieux.

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Même si l’on galère parfois à trouver le balisage du chemin, celui-ci défile, et c’est épuisés par un cruel manque d’entraînement, et de plus en plus mouillés par une pluie en pointillé, que l’on traverse des forêts mystiques qui me rappellent celles d’Iraty. Ce jeu de cache-cache entre la brume et les hêtres nous donne un spectacle presque surnaturel, et fait ressortir tout le côté mystique et séculaire des nombreuses légendes de la région. Pour rester poli, on peut clairement dire qu’on en chie grave, mais la promesse d’arrivée à Aritzakun, prend le dessus et nous fait tenir tant bien que mal.

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On rentre à nouveau dans un sous-bois, où les souches complètement dévorées par la mousse ont des allures de gargouilles endormies au pied des arbres, ou alors c’est notre imaginaire qui nous joue des tours. Parfois les oiseaux chantent, la pluie se calme et la vue se dégage, mais c’est rare. On recoupe la route, on croise le chemin de quelques pottoks en liberté (un peu sur le même principe que les rennes en Laponie, ils sont en semi liberté appartenant tous à des éleveurs), dont l’un au fond d’un champs est doté d’une magnifique crinière blonde.

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C’est après cette partie que les choses ont commencé à se gâter. Alors qu’on était bien avancés, sans doute à 70/80% du chemin, et après avoir passer une bergerie, ses moutons suspicieux et un pottok  coquet, le chemin s’enfonce dans les bruyères. On perd le balisage. Au sol, une croix. Juste avant le symbole du PR nous indiquait de tourner. Sauf que voilà, les trois possibilités susceptibles d’être le bon chemin, nous emmènent soit dans des hautes fougères à flan de colline, où le risque de glisser et de chuter est assez grand, soit dans un chemin qui à mesure qu’on avance ne semble ressembler à rien. On rebrousse chemin, on tente de zapper la croix, pour tester la troisième option. On tombe alors face à un arbre où se trouvent 2 croix (pas bon) mais aussi les 2 traits (bon), celui censé nous indiquer que nous sommes sur la bonne voie.

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On ne comprend plus rien, on ne sait pas où aller, alors on y va quand même. On passe dans le lit d’une antique rivière où les anciens cailloux autrefois ballotés par le courant, sont désormais recouvert d’une mousse glissante et d’un vert presque fluo. Sur un arbre, le bon signe. Sauf que voilà, hormis se trouver dans un coin magnifique et lui aussi mystique, pas de chemin identifiable. On tente de s’avancer, mais une paroi assez abrupte s’offre à nous. Rien ne nous paraît être la bonne option. On perd le balisage, on avance pas à pas, mais rien. On n’est pas vraiment sûrs de la bonne direction à prendre, si ce n’est qu’on aperçoit en bas un petit chemin pour véhicule et une ferme vide.

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Après quelques instants de réflexion, après avoir pesé le pour et le contre, on décide d’abandonner et de rebrousser chemin à un petit kilomètre du but.

Le retour est difficile, sans but, le moral dans les chaussettes, lesdites chaussettes qui font ventouses dans les pompes de rando, le vent qui se lève, le pantalon humide jusqu’à la ceinture… On fait le chemin au plus vite en sens inverse, en longeant parfois la route pour gagner quelques centaines de mètres. Lorsqu’après un retour qui nous a paru plus court, on arrive enfin à la voiture, on est soulagés mais épuisés. Dehors le temps devient de plus en plus pourri. La pluie tombe désormais en continue, et le brouillard est retombé plus fort qu’à notre départ. On se change avec le peu d’affaires sèches que l’on a, mais on est toujours glacés par l’humidité et les 5 tasses de thé chaud n’y font pas grand chose.

On reprend la voiture sous une pluie battante, et c’est en reprenant la route vers le Col d’Ispéguy et Saint-Etienne-de-Baïgorry, qu’on se dit qu’on a pris la bonne décision, car le temps se gâte sérieusement. Mais avant d’arriver à Saint-Etienne, il faut passer le Col d’Ispéguy (672 m), et même si j’ai conduit en Norvège, Suède et Finlande, un col en lacet c’est une première pour moi. Mais les choses se passent bien.

On arrive à Saint-Etienne-de-Baïgorry sous une pluie restreinte, et on se pose dans la chocolaterie Laia, histoire de se réchauffer avec un bon chocolat chaud et des petits gâteaux maison. Après l’effort le réconfort. Le regard un peu vide et épuisé on se refait le chemin, on cherche à comprendre où on aurait dû passer, ce qu’on a loupé. Les jambes sont lourdes, mais la tête est pleine de beaux paysages. On reprend la route, car le voyage continue.

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Après notre retour, on a quand même pris le temps de jeter un œil sur Google Earth, et en effet il devait nous rester un peu plus d’un kilomètre avant d’arriver à Aritzakun. Pour être honnête, je pense qu’on a vu un peu hard comme rando (ce qui était un niveau 2 semble être plus proche d’un niveau 3 ou 4), la version qui part de Bidarray à l’air tout de même plus simple et pour un dénivelé et une longueur plus restreints. J’ai quand même un arrière goût d’inachevé, car avec un temps aussi mystique, je pense que le fronton et la petite école devait vraiment se donner dans un spectacle assez magnifique. Néanmoins, on a quand même pris un sacré pied dans des paysages uniques et la route de ce mini road trip est loin d’être terminée.

 

Edit : Au mois de Janvier 2014 France 3 Aquitaine-Pays Basque a fait un reportage de 7 min, présentant le village à l’occasion de la réunion des anciens habitants qui a lieu début Septembre. Le reportage est à voir sur le site de France 3 Aquitaine.


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