Retour du Monde - Cabo Higuer, mon Amérique à moi
Lui, est graphiste et passionné de photo. Elle, est tchatcheuse et un peu paresseuse. Ensemble, ils vous font voyager sans bouger de votre canapé
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Cabo Higuer, mon Amérique à moi

Cabo Higuer, mon Amérique à moi

A chaque fois c’est la même chose. Avant je me posais sur le banc, les jambes trop courtes flottant dans le vide à quelques centimètres du sol, et je regardais au loin, persuadé d’apercevoir la côte de l’Amérique. Et puis à petit mes pieds ont commencé à toucher le sol, aussi vite que j’ai compris que non c’était simplement l’horizon. Alors je me suis rabattu sur le point le plus loin que je pouvais apercevoir à l’horizon. La nuit je voyais un phare, le jour en plissant les yeux, dans la continuité du Jaizkibel, plein de cailloux formant une pointe. Un jour, c’est sûr j’irai là-bas : à Cabo Higuer.

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Il m’aura fallu pas loin de 25 ans avant d’y mettre les pieds. Toujours dans ce même week-end, le lendemain de notre escapade à Zugarramurdi, on ne savait pas trop quoi faire, ni où aller. J’ai bu mon café, la carte dépliée sur la table et ça m’a paru comme une évidence. On a recommencé le même rituel que la veille : Petit gueuleton rapide, appel à Maïder, enfiler les bornes jusqu’à Saint-Jean-de-Luz, récupération de notre « wing(wo)man » du week-end et hop on a tracé.

Petit arrêt au Col d’Ibardin, histoire de se ravitailler avant le départ du lendemain. L’occasion de voir que la saucée qu’on s’est prise hier et qui a continué toute la nuit pendant qu’on se tapait la cloche façon xipirons à la grecque, s’est transformée en neige dans les montagnes. La Rhune dont la tête se fait absorber par les nuages est saupoudrée de sucre glace pour notre plus grand plaisir.

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On continue de s’enfoncer dans les terres, traversant vallées sur vallées, et puis arriva ce qui devait arriver, on se paume dans les ruelles étroites de Hondarribia (Fontarrabie en français ou Fuenterrabia en espagnol). Dans un sens, puis demi-tour, puis re dans un sens, puis de nouveau demi tour, on zigzag, pour, sans trop savoir comment, se retrouver en direction du port. Pas vraiment sûrs qu’on se rapproche du Cap du Figuier, mais au moins on devrait s’en approcher.

Le soleil commence à cogner, enfin ça c’est ce qu’on voit sur les photos, mais dehors le vent frisquet ne manque pas de nous rappeler qu’on n’est quand même qu’au moins de Mars. Revenant d’Islande ce n’est pas comme si ça allait nous arrêter. On s’éjecte gaiement de la voiture, pour attaquer une petite balade sur le port. Les barques alignées les unes à la suite des autres se font doucement dorer la coque au soleil. De l’autre côté, c’est le bout. Le bout du bout. Le courant charrie des vagues qui viennent se péter l’écume sur les rochers abrupts. L’eau oscille entre le turquoise bouteille (ne la cherchez pas dans un nuancier Pantone©) et le bleu des mers du Sud.

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Le spectacle suggère la contemplation, le calme, la libre circulation des pensées. Et c’est globalement ce que semble faire les quelques Hondarribitarra (obligé de placer le gentilé) que l’on croise ou que l’on dépasse. Un petit vieux au pull couleur olive et à l’allure de mataf irlandais fraîchement débarqué de bateau de pêche, un couple en poussette. Bref la panoplie classique d’un dimanche au port.

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A l’angle de la jetée, avant de laisser les barques derrière nous et de s’attaquer aux thoniers, l’Ikurinna flotte au bout d’une hampe, se faisait fouetter par les claques d’un vent qui pousse les nuages plus vite qu’un parisien pressé.

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Comme pour les barques, ici les chalutiers sont alignés en rang d’oignons, prêts à faire demi-tour pour partir à la pêche. Avec le courant ça se cogne, ça grince, ça se frotte, ça fait une belle mélodie qui reste bloquée dans les aigus. Et puis on arrive au bout, toujours pas le bout du bout, mais déjà un bout. Une sorte de sémaphore.

On diverge, on discute, se demandant si c’est lui qui fait la lumière que je vois la nuit, assis sur mon banc à plusieurs kilomètres de là. Moi je pense que non, les filles semblent dire que oui. Bon j’ai quand même un doute. En tout cas si c’est ça, autant le dire tout de suite je suis déçu.

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Chacun de nous trois est à un endroit différent de la jetée, attiré par un truc différent. Moi c’est les rafiots, j’ai beau avoir le mal de mer, impossible de ne pas m’imaginer les heures, les semaines et les mois que les pêcheurs passent sur ces coques de noix.

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On fait le chemin du retour, passant devant une passerelle à la perspective photogénique, une chaîne rouillée et d’autres barquettes qui prennent la flotte.

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Et puis je lève les yeux. Juste au dessus du parking, une route semble monter de manière abrupte. La colline regorge de maisons d’archi d’époques différentes. Chacun choisit la sienne, pour au final tomber d’accord sur la même. Comme on a du temps devant nous, rien qui nous retient ni nous attend, on tente l’ascension.

Largeur d’une voiture, virage à 90°, épingles à tout va, murs rasants, la montée me donne des sueurs froides. Et là d’un coup on est récompensés. Je vois le panneau beige sale et bleu, piqué de rouille : Faro de Higuer. Là ça a quand même plus de gueule que le sémaphore de tout à l’heure.

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Alors qu’en bas au port, le soleil était bien présent, allez savoir pourquoi à 65 mètres d’altitude plus haut, le ciel fait des siennes et a décidé de virer tempête. Et c’est loin de me déplaire. Le portail ouvert, devant nous se dresse ce phare de 1878 œuvre d’Antobio Lafarga, pur style néoclassique. Les tuiles orangées et sa tour de 21m se détachent de ce ciel couleur mine de plomb. La mer moutonne, le ciel tourne vinaigre ce qui n’empêche pas un arc-en-ciel de venir narguer le mauvais temps.

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On laisse le phare du Cap du Figuier (ou Cabo Higuer), marquer l’entrée de la Bidassoa et on descend un chemin de terre, pour se rapprocher un peu plus près de ce qu’il est aussi sensé alerter, des roches dangereuses, façon lames de rasoir, prêtes pour éventrer une coque.

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Au-dessus de nos têtes, le ciel est indécis, façon « je t’aime moi non plus ». A gauche le soleil ne semble pas avoir dit son dernier mot, tandis qu’à droite au dessus de la petite île Amuitz, la plus à l’ouest de la côte cantabrique, c’est l’apocalypse. Les raies de pluie semblent s’abattre sur Hendaye et le reste de la côte française. C’est presque plus beau de ce côté là. En fait c’est même plus beau de ce côté là.

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On longe le sentier qui fait le tour du phare, passant une pierre gravée d’inscriptions indéchiffrables, ne cessant pas d’admirer cette mer déchainée aux couleurs émeraudes qui se fait déchiqueter par les rochers inébranlables. Au loin, un nuage fait une percée juste le temps de nous laisser voir les montagnes toujours aussi blanches.

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On boucle la boucle sur un score incontestable : Soleil : 1 – Tempête : 0. Le ciel bleu reprend le dessus après un corps à corps difficile et qui n’était pas gagné d’avance. On fait demi-tour, dans ma tête je suis comme un môme, j’ai l’impression d’avoir été à l’autre bout du monde. Je demande à mes compagnons de rester encore un peu, juste pour s’abreuver encore une fois de la vue, d’étirer encore un peu ce week-end, de profiter de l’instant.

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Sur le chemin du retour, après une bonne grosse saucée de grêle, et s’être paumés une énième fois dans les rues d’Hendaye, on se pose face à la mer pour admirer le coucher de soleil, et histoire de mettre un joli point final à cette journée.

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On longe la corniche, on dépasse les rochers des deux jumeaux, qui vont bientôt avoir un petit frère, le temps n’est pas au mieux mais on s’en fout, on est bien. Je me revois gamin, face à la mer, façon explorateur en culotte courte, rêvant d’atteindre son bout du bout et voilà plusieurs décennies après, il y est arrivé. Pour lui dans sa tête Cabo Higuer c’était un peu son Amérique à lui.

8 Commentaires
  • Happy Us
    Posted at 09:44h, 06 mai Répondre

    Joli!

  • LaRoux
    Posted at 14:58h, 06 mai Répondre
  • aline
    Posted at 23:16h, 06 mai Répondre

    Très sympa, et des jolies photos! C’est pas très loin de chez nous en plus!

  • Maider
    Posted at 00:23h, 07 mai Répondre

    C’est vrai que c’était une belle journée en votre compagnie 🙂
    La prochaine fois on enfilera bottines, chapeaux et plumes et on jouera au cow-boys et aux indiens dans les Bardenas !
    Et puis Houpette Secrète cela sonne déjà comme un nom de grand chef Indien ! Il faudra que je trouve pour Cécile d’ici là…
    Maider Articles récents..Voyage à Porto sur un air de FadoMy Profile

    • retourdumonde
      Posted at 18:17h, 08 mai Répondre

      Ah mais moi il ne faut pas trop me relancer sur les Bardenas ! 😉

  • Emmanuel
    Posted at 11:22h, 07 mai Répondre

    C’est bête à dire mais rien qu’à l’idée de voir dans une même photo les montagnes enneigées, les belles maisons et la mer, eh bien ça m’incite juste encore plus à y mettre les pieds 😀 à l’arrière saison du moins, moins en été 🙂
    Comme quoi, on trouve de tout en France aussi, en cherchant bien 🙂

    • retourdumonde
      Posted at 18:15h, 08 mai Répondre

      Te connaissant Manu, et avec le nombres incalculables de randos à faire dans le coin, c’est sûr que c’est une région qui ne te laisserait pas indifferent ! J’en mets ma main à couper 😉

  • Tonkin Voyage Vietnam
    Posted at 05:07h, 20 mai Répondre

    Belles photos et excellente expérience. Quand je vois ces images et ces belles sculptures de rocher, je me dis que parfois je regrette d’habiter la montagne. Que c’est beau le bord de mer et Bravo à toi.
    Bonne contninuation!

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