Le voyage, dépaysement sonore - Retour du Monde
Le voyage, ce sont des images, des paysages, mais aussi des sons qui l'accompagne et qui font aussi partie du dépaysement.
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Le voyage, un dépaysement sonore

Le voyage, un dépaysement sonore

Le son. Présent dans tes oreilles en permanence : ton mp3 de qualité un peu moyenne, la voiture de police qui passe et qui te gâche le refrain. Le camion poubelle que tu maudis de passer sous tes fenêtres à 6h du matin. Le son, c’est aussi une mélodie qui se déforme dans les couloirs du métro, un air joué à la guitare que tu distingues, de mieux en mieux et qui t’émeut, parce que ce soir ça ne va pas trop.

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Le son est quotidien, quasi permanent et tu pars forcément en voyage avec. Le son en voyage commence en avion, avec un bruit assourdissant. Régulier, ronronnant, voire même lancinant. Le rythme sera cassé par le jingle sonore qui accompagne l’allumage du symbole « attachez votre ceinture« . Puis avant de décoller et d’atterrir, tu entends le pilote ou le capitaine de bord qui parle dans un téléphone qui sert de micro, crachotant. Je ne cherche même plus à comprendre ce qu’ils disent, le seul fait qu’ils parlent m’informe que je suis ailleurs Sauf, parfois, des mots qui ressortent comme « venteux« . Ce mot-là, il ressort, tu l’entends, alors que tu n’as pas compris les 5 minutes de baragouinages précédents.

Tu sors de l’avion, la tête un peu en compote, le bruit permanent s’est arrêté et du coup ça y est, ton oreille se focalise sur d’autres sons : déjà la langue, dont tu essayes de capter la mélodie, le rythme. Ca commence par les messages diffusés dans l’aéroport mais très vite, ce sont des gens qui s’expriment dans une langue inconnue, et tu essayes de repérer des mots que tu pourrais comprendre.

A la sortie de l’aéroport, tu prends le bus ou le taxi pour rejoindre la ville, et généralement, c’est là que se passe le premier contact avec … la radio. C’est marrant, parce que je pense que c’est universel. Les premières minutes de la découverte d’un paysage sont la plupart du temps accompagnés du son de la radio. Journal, météo, pub pour le supermarché du coin ? En fait, tu n’en as aucune idée mais la radio accompagne le paysage, cette bande son lui donne une profondeur, l’habille et toi tu as un sourire béat, scotché à la fenêtre.

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J’y arrive aux sons de la ville, difficilement supportables pour ceux qui n’y habitent pas au quotidien. Je me rends compte que je compare les sons des villes à ceux de Paris en permanence. Une sirène de police, avec une note différente, va immédiatement m’attirer l’oreille. Parmi les souvenirs sonores citadins :

Helsinki, décembre 2011. J’ai adoré cette ville, et j’ai mis du temps à savoir pourquoi. Beaucoup de trafic, voitures, tramways, un grand dépaysement du fait des bâtiments austères. Et pourtant, cette ville m’a apaisée. Oui mais en décembre, elle était sous la neige, tous les bruits étaient absorbés, comme enrobés dans du coton.

Rome, mars 2009. Je ne pensais pas trouver ville plus bruyante que Paris. Les scooters y jouent pour beaucoup.

Mais en voyage, il n’y a pas que la ville. Il y a un repos dont j’ai besoin : c’est le repos sonore. Trouver des endroits au milieu de nulle part y contribue pour beaucoup, et c’est là qu’on se met à « entendre », c’est à dire dépayser l’oreille, réapprendre à écouter et découvrir d’autres sons, à les apprécier.

La rivière un peu sur la droite, une voiture, qui va certainement arriver mais qui est encore loin, le bruit du vent dans ses oreilles, le chant d’un coq qui rebondit sur la roche en plein milieu du brouillard, la mer qui gronde car la marée est montante, elle est plus discrète et fait rouler les galets quand elle descend.

Tous ces sons, j’ai envie de les garder, de les collectionner. Pour l’instant, je n’ai emmené un enregistreur que pendant deux voyages. Et pourtant, quelle évidence. Une des premières choses que j’avais remarquée en Laponie, c’était ce bruit de silence. Oui c’était un bruit, car ce silence on l’entendait, comme un bruit blanc, ce bruit situé à une certaine fréquence, pour tester généralement les enceintes. Ce bruit, je le regrette, je ne l’ai pas encore dans ma collection de sons. Comme si j’avais besoin d’une excuse de plus pour y retourner. Pour aller glaner aussi ce bruit métallique des voitures qui passent sur le béton gelé.

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L’Islande a donc été le premier voyage sonore que j’ai enregistré. L’Islande et son vent, que dis-je ses vents, du plus violent qui fait craquer la maison à celui de Reykjavik, adoucit et freiné par les bâtiments, mais toujours présent. Ces vents tellement difficiles à capter sur l’enregistreur, les yeux rivés sur la modulation, vérifiant que cela ne sature pas.

L’Ecosse, le deuxième, paysage décoré d’eau sous toutes ses formes : pluie, écoulements, rivières, cascades, lochs et un peu de vent, moins facilement enregistrable et moi, moins bien équipée qu’en Islande.

Réécouter, en rentrant, tous ces sons, c’est repartir un peu. Parfois plus qu’en photo, ils me font revivre un moment. Il faut les retravailler, les habiller, les mettre en valeur, pour les mettre en scène dans chaque jour du carnet. Trouver la musique. Cette musique en voyage qui mériterait un article à elle seule.

Cette bande-son que je retravaille, seule, au casque, qui rend mes yeux mouillés et qui me donnent des frissons : j’y suis, je suis repartie, loin de la mélodie quotidienne, j’ai changé de tempo. Je suis en plein décalage non pas horaire mais rythmique : je suis en dépaysement sonore.

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