L’étape la plus septentrionale de l’Hurtigruten - Retour du Monde
Voyage de 5 heures entre Honningsvag et Mehamn, l'étape la plus septentrionale de l'Hurtigruten, l'express côtier norvégien
Hurtigruten
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L’étape la plus septentrionale de l’Hurtigruten

L’étape la plus septentrionale de l’Hurtigruten

Suggestion d’accompagnement sonore :

WoodKid – Boat Song (Green United Music – 2013)
Une chanson du français WoodKid qui est assez mélancolique, et qui ne s’inscrit pas trop dans son style électronique habituel. Avec ses breaks instrumentaux, c’est une parfaite bande-son pour la lecture de cet article !

Je serais tentée de commencer cet article par un classique « Oh mon bateau, tu es le plus beau des bateaux… ». Hormis le fait de vous avoir mis cette chanson en tête pour une bonne demie-journée, et de vous apprendre que, si vous aviez un doute comme moi, ce n’est pas Luis Mariano qui a chanté cette chanson, mais Erico Morena (si, si), je vous emmène vraiment sur les flots, les flots septentrionaux.

Honningsvåg, 21 février 2017. 2 jours dans cette ville, 2 jours à en faire le tour, et on commence déjà à sérieusement trépigner. Cartes postales : faites. Plein d’essence : fait. Tour de la ville : fait. On ira même jusqu’au bout de la ville pour le voir arriver. Lui, ce bateau qui depuis 100 ans déjà, sillonne et longe la côte norvégienne. La toute première ligne mise couvrait d’ailleurs la côte, entre Trondheim et Hammerfest, aux portes du Finnmark. A l’époque il servait aussi bien au transport de passagers, mais surtout à l’acheminement des produits de base, tout comme à exporter les produits de la pêche des différentes régions.

Mais voilà, les temps ont changé, et le transport de marchandises, bien qu’il existe toujours, est devenu une activité moindre, voir même mineure. Aujourd’hui le MS Trollfjord est en retard. On ne l’apercevra même pas du bout de notre presqu’île. Ici, que des mouettes et des nuages chargés de neige qui arrivent.

On revient sur nos pas pour passer l’attente devant l’Office de Tourisme, là où les bus attendent les touristes pour les transvaser au Cap Nord. Les guides sont là, ils attendent eux aussi. C’est une sorte de confirmation, s’il en fallait une, que oui L’Hurti’ est bien en retard.

Et enfin, surgissant au milieu de la brume en même temps qu’une percée au travers des nuages noirs chargés d’une neige collante, il apparaît. Sa corne de brume qui vous fait vibrer les tripes échappera à ma prise de son. Je l’ai déjà loupée hier. Mais je me rattraperai.

En attendant, toujours sous une pluie lente de gros flocons, on le regarde manœuvrer, doucement mais sûrement, s’aligner sur un pont qui semble si petit par rapport à la taille de ce vaisseau. Pourtant il a l’air à l’aise le long de son quai miniature et l’on sent l’habitude et la régularité des dockers dans leur aisance à manier les cordages pour l’arrimer.

On regarde tout le monde débarquer, en ayant comme l’impression d’être à contre-courant, fendant la foule de groupes aux nationalités aussi diverses que variées avancer d’un seul homme vers les cars qui les attendent. Le souci, c’est qu’on s’attendait à voir sortir des voitures, ne serait-ce que pour comprendre la marche à suivre, l’endroit où la rentrer, mais rien.

Alors après un long temps d’attente, 3 cafés, 2 pølse et beaucoup de questions, on décide de monter à bord. A peine le temps de récupérer nos cartes d’embarquement, qu’on a déjà hâte d’aller garer la voiture. Tout doux bijou ! Il faut d’abord décharger les colis, le matériel et les dockers ne sont pas du genre pressés. Ici c’est tout le contraire des ferrys, où il faut être là bien en avance, plusieurs heures parfois. Non, sur l’Hurtigruten, les voitures sont bien loin d’être prioritaires et d’ailleurs la taille de la cale du MS Trollfjord est bien petite comparée au bateau en lui-même. On y rentre a peine une dizaine de voitures, pas plus.

Une fois trouvé le chef de cale, une fois la voiture étiquetée, une fois la voiture garée, il nous reste encore beaucoup de temps à tuer. On est donc très en avance et nous revoilà repartis pour un énième tour dans Honningsvåg, une ville qu’on a hâte de quitter, on piétine de prendre la mer. On se balade le long des quais, on s’arrête devant des vieilles maisons de pêcheurs, que l’on trouble en plein rangement.

On n’ira pas plus loin, bien décidés à monter à bord et peut-être aussi un peu lassés de tourner en rond dans la ville. Une fois à bord, on fait le tour du propriétaire : salons aux différentes ambiances, différents restaurants, différentes moquettes.

On se pose quelques instants dans la bibliothèque où clairement, les ouvrages en français sont quasi inexistants face à ceux en anglais, en italien ou même en japonais. On imagine quelques instants se lancer dans un Scrabble mais pour le moment on se contente de regarder au travers des fenêtres pour profiter du balai du remorqueur, attendant que le temps passe et que le départ s’amorce.

Nos pas nous font tomber dans un couloir où s’affiche une revue de presse en différentes langues, affichée quotidiennement et proposée gratuitement aux voyageurs.

Le départ est annoncé, c’est tout naturellement que l’on décide de monter sur la terrasse tout en haut du MS Trollfjord. La neige recommence à tomber pour la 32ème fois de la soirée, le fjord se recouvre de nuages, et une lumière bleue nous entoure.

On a du mal à se décoller de ce pont, profitant de l’atmosphère surréaliste, de l’air frais, des flocons gros comme des poings. Si on avait su, on aurait pensé à prendre nos maillots, histoire de tenter un petit sauna à ciel ouvert, sous les étoiles et la neige, au lieu de ça, on s’imprègne de l’atmosphère qui nous entoure, en se disant que la traversée risque d’être mouvementée.

Pendant les quatre heures de traversée, nous ne prendrons pas beaucoup de photos : la mer est agitée, le température à l’intérieur avoisine les 30°C, le vent fait sévèrement tanguer le bateau et l’ambiance silencieusement monacale se fait sous un éclairage tamisé dans le salon du dernier étage.

Certains jouent, d’autres essayent tant bien que mal de maîtriser leur mal de mer en fermant les yeux, priant pour le vent cesse. Trop tard, une heure avant d’arriver, un barman nous donnera le bon conseil : descendre aux ponts inférieurs, là où le tangage du bateau se ressent beaucoup moins.

Puis vient le moment où Kjøllefjord se dessine et apparaît au beau milieu de la tempête. En fait on a envie de descendre là, tellement ce village nous fait envie. On regarde la petite poignée de passagers descendre, presque la même qui monte, le balai des colis déchargés et ceux qu’on charge. Une autre étape sur le sillage de l’Hurtigruten.

Allez encore un peu de patience, et d’ici 45 minutes c’est le port de Mehamn qui se dessine dans la nuit.

C’est simple, ici, nous serons les seuls à descendre. Prévenus au dernier moment de l’arrivée, on descend en catastrophe dans la cale, on dévale les escaliers pentus du bateau jusqu’au garage. Le docker nous a avancé la voiture devant le portail, toute l’épaisse couche de neige qui la recouvrait n’est plus et a fondu dans cette enceinte surchauffée par les machines.

Dehors la tempête fait rage et c’est sous les yeux de milliers de passagers que nous grimpons la montée du port. Mais en fait, j’ai un peu menti, nous ne sommes pas les seuls à descendre. Les colis FedEx, les pneus et autres palettes sont, eux aussi, rapidement débarqués sur le quai. Il ne faut pas perdre de temps et chaque minute est précieuse : le MS Trollfjord arrivera demain matin, à l’aube, à Kirkenes, le bout du voyage.

En haut du terminal du bateau, on se pose, on respire à pleins poumons l’air iodé, et on fume une dernière clope, en regardant le géant faire, comme presque à chaque port, un demi-tour dans un mouchoir de poche, avant de nonchalamment retourner affronter la mer de Barents.

Nikon D610 |  Minolta SRT-101 – Fuji Provia 100F

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10 Commentaires
  • cvrin
    Posted at 14:32h, 18 avril Répondre

    Chouette compte-rendu, je m’y croyais complètement!
    Photos magnifiques avec une préférence pour les deux où le bateau est coupé!
    Par contre je ne savais pas qu’on pouvait embarquer avec sa voiture dans l’Hurti’, c’est bon à savoir.
    Vous aviez réservé à l’avance depuis chez vous ou en cours de voyage?
    Et… vivement la suite!

    • retourdumonde
      Posted at 15:39h, 18 avril Répondre

      Merci Séverine pour ce message ! Ben tu vois, nous on pensait que c’était l’inverse, on a toujours fait des ferrys où les voitures étaient aussi légion que les passagers, donc on s’attendait vraiment à voir débarquer et embarquer des voitures. On a été relativement surpris de voir que nous étions les seuls ! Et oui, on avait réservé à l’avance, il n’y avait d’ailleurs plus de place sur le jour que l’on voulait c’est pourquoi on a dû rester une nuit de plus à Honningsvåg.

  • Laponico
    Posted at 22:43h, 18 avril Répondre

    ah ah, souvenirs Mehamn et la tempête, et l’Hurtigruten…très sympa les photos en tout cas (comme d’hab)
    Laponico Articles récents..Bien choisir sa tenue & ses chaussures de runningMy Profile

  • NoNo64
    Posted at 10:42h, 19 avril Répondre

    Sinon en accompagnement sonore je propose : « When the ship comes in » de Bob Dylan!

    • retourdumonde
      Posted at 12:46h, 22 avril Répondre

      Je note pour la prochaine fois, des histoires de bateaux il y en aura sûrement d’autres. Mais bonne suggestion !

  • Kaki
    Posted at 20:44h, 21 avril Répondre

    Comment ça me fait rêver!!!!! La prochaine fois,je veux partir avec vous!!!! Allez s’iou plait XD

    • retourdumonde
      Posted at 12:47h, 22 avril Répondre

      Rho merci Kaki, ça fait plaisir de te voir de nouveau par ici ! Je me souviens de tes premiers commentaires sur la Laponie où tu étais déjà attirée mais réticente à la température, je vois que les -25°c ne te font plus peur ! :p

  • Christine Lyonnet
    Posted at 17:30h, 24 avril Répondre

    Amusant… Merci pour ce reportage. J’ai « fait » Bodo/Kirkenes du 10 au 13 mats dernier. La neige était toujours là 🙁 J’ai également eu droit à la tempête entre Skervoy et Mehamn, une nuit et un jour, c’est hard !!! Mais je ne connais pas le niveau de cette tempête, douce ou violente ? D’accord avec vos commentaire sur Honningsvåg, l’excursion au Cap Nord a été annulée, route coupée. Je n’avais pas choisi d’y aller…et 3 h à tourner en rond dans cette petite ville, bof !!! Moi aussi, j’ai adoré Kjollefjord. Merci pour vos belles photos, les miennes y ressemblent, peut-être en moins bonne qualité 🙂

    • retourdumonde
      Posted at 18:00h, 24 avril Répondre

      Merci Christine pour ce retour de voyage ! Kjøllefjord à l’air vraiment chouette dommage, on n’a pas eu le temps de descendre Il semble que l’étape qui mène à Mehamn soit connu pour être…mouvementée. Bonne route à vous ! 😉

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