La Pelote Basque, une histoire de nerfs - Retour du Monde
La pelote basque, au-delà d'être un sport, c'est avant tout une ambiance, une atmosphère où se côtoient plusieurs générations. Immersion dans une partie.
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La Pelote Basque, une histoire de nerfs

La Pelote Basque, une histoire de nerfs

Bon je vous l’accorde, le jeu de mot du titre est un peu facile, c’est à peine si j’ose l’assumer. Et pourtant il n’est pas totalement anodin, ni éloigné de la réalité et de l’ambiance qui peut régner sur les canchas, avant, après et surtout pendant une partie de pelote. Si vous imaginez que la pelote basque, n’est à l’heure d’aujourd’hui qu’un élément de folklore touristique du Pays Basque, que l’on ressort et dépoussière pour la saison estivale, en même temps que les piments, les transats sur la grande plage de Biarritz et le gâteau basque, autant vous dire que vous faites fausse route. La pelote basque est une discipline, un sport bien vivant qui continue d’enflammer les gamins comme les plus vieux, et mettant leurs nerfs à rude épreuve. Immersion.
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En basque de cœur que je suis, la pelote a bien souvent croisé mon chemin, dans toutes les disciplines possibles que compte ce sport au sens large. Des premières pelotes tapées sur le fronton de l’école d’Arbonne, aux parties que l’on regardait gratuitement, cachés derrière des buissons, comme des garnements (les rares fois où l’on ne se faisait pas gauler par l’arbitre), en passant par un décrassage de poumon en règle suite à une partie de baline au Trinquet de la Cavalerie, à Paris, caché et perché sur les toits d’un immeuble du 15ème arrondissement ou encore quand chaque semaine, tout gamins que nous étions, on allait prendre des cours au fronton de Chiquito de Cambo dans le 16ème arrondissement de Paris. Ce même fronton qui accueillit les parties de Xistera lorsque la pelote basque figurait, pour quelques années seulement, au programme des Jeux Olympiques.

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Aujourd’hui encore les multiples disciplines de la pelote basque, qui seraient bien trop longues à lister, et dont les variantes sont parfois spécifiques à un seul pays (comme le Xare, appelé aussi Raquette Argentine) sont bien vivantes. Comme tout sport, elles se structure en tournois, en poules, en équipes, en individuels, en championnat du monde, ou alors elle devient un business comme aux Etats-Unis, aux Philippines, où les parties de Cesta Punta, sport le plus rapide du monde, se jouent dans des Jai Alai, au beau milieu des casinos de Miami à Macau, et font le bonheur des parieurs et des joueurs réussissant à en vivre grâce aux commissions sur les mises pariées.

Suite à l’annulation de notre projet de voyage, on a fait contre mauvaise fortune, bon cœur, on est redescendu au Pays Basque, et on a profité de la pleine saison du championnat de main nue, pour aller trainer nos guêtres à la demi-finale du trophée Pilotarienak qui se déroulait à Anglet. J’étais comme un môme parce qu’on y annonçait une légende en deuxième match, Waltary Agusty. « El Fenomenal ». Le prodige cubain de la pelote, l’homme au service claquant, au mouvement de frappe inspiré du baseball, homme décrié autant qu’adulé.

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Bref, on a sagement attendu que la partie démarre, on a évolué à l’extérieur du trinquet (rien à voir avec un PMU ou un bar de quartier), au milieu des habitués, des petits vieux, des petits jeunes, coincés entre la tireuse à bière et la pelouse. Parlant basque, refaisant le match, parlant de la saison, de tout et de rien. Les filles, Cécile compris, ont failli tomber dans les pommes quand Eric Irastorza, le puntiste beau gosse, originaire de Bidart et évoluant dans le circuit à Miami justement, a fait son entrée. A côté de ça, l’arrivée de Brad Pitt au festival de Cannes, n’est à peine qu’une légère bousculade.

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Le temps a filé, la partie allait débuter, alors on a grimpé les gradins, pour se placer – on n’avait pas le choix – dans le coin des parieurs. Et alors là, petit bonheur de photographe, d’amateur de pelote, c’est une place de choix. Derrière nous les amatxi, les grand-mères, séparées machinalement des hommes, sans doute une vieille habitude, presque un réflexe hérité des messes dominicales. Devant nous, les parieurs, des « gueules ». Le visage travaillé par les années, chemise impeccable, pulls sur les épaules, ils se tassent dans un coin, tandis que les bookmakers, ceux qui balancent les cotes à la volée, eux restent debout.

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Et alors que la première partie opposant les paires Larralde & Bilbao et Lamber & De Ezcurra, s’emballait, enchainant les points, collant au score, remontant par des envolées techniques, des services rapides, mesquins, courts, vicieux, lumineux, le tout rythmé par la diatribe de l’arbitre scandant les scores en basque avant de les traduire en français, pour que tout le monde se sente concerné par la partie, pendant ce temps là les parieurs faisaient leur boulot. Collés aux tribunes, les cotes annoncées à la volée : « 50/20 », « 100/50 », déclinées de la tête par l’assistance parfois, négociées durement, souvent, puis finalement acceptées sans que l’on s’en rende compte. Un point, un service, la remontée de l’équipe adverse, tout se parie, mettant les nerfs de parieurs et du bookmaker à rude épreuve, mais toujours avec le sourire, et la poignée de grosses paluches à la fin de la partie ou du point. Au terme de cette première partie haletante, serré et riche en retournement, c’est la pause, le break.

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Tous le monde file dans les couloirs du complexe sportif d’Haiz Pean, pour aller se remplir la bedaine à coup de fromage, de gâteau, de sandwich. Une atmosphère de Peña sous la chaleur de fin de journée. Les joueurs de la partie passée, déambulent parmi la foule, discutent à droite à gauche, refont le match, encore et encore, tandis que les prochains eux s’entrainent derrière une porte close.

Et puis la deuxième partie démarre, la paire Waltary & Ducassou tant attendue affronte Bielle & Harismendy. Et comme souvent avec les belles affiches, la partie déçoit, malgré les services époustouflants d’El Fenomenal, la partie ne décolle pas. L’entrain des bookmakers arrive à peine à relancer les parieurs. Waltary et son acolyte se couchent en une petite heure à peine, sans avoir pu montrer ce que les gens attendaient de lui, d’eux. La partie se clôt, les comptes se font, et tout le monde repart dans la nuit, attendant avec impatience la finale quelques jours plus tard pour remettre ça encore et encore, parce que ce sport, ces sports coulent dans leurs veines.

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Le lendemain par hasard, mais pas totalement, on remettra ça. Sur le chemin du marché de Saint-Jean-de-Luz, je nous fait faire un détour pour montrer à Cécile, une autre variante, plus rare, plus longue, plus compliquée, et plus technique, une partie de rebot comme on peut souvent en voir sur le fronton municipal de Saint-Jean’. Les touristes d’un côté, les adineko jendeak, les vieilles gens, entre eux dans la hauteur des gradins. Bien plus attentifs, moins de parieurs, moins de bookmakers, mais autant d’entrain, d’amour pour suivre cette partie qui elle aussi, contrairement, à ce qu’on pourrait croire, compte pour le championnat. Le rebot est moins rapide, alors les nerfs sont moins soumis à l’épreuve de la partie, mais l’envie de voir le dénouement, elle reste palpable.

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On quitte les gradins, discrètement, non sans avoir immortalisé ces amateurs, ces fondus de cette pelote basque, qui loin d’être folklorique, fait vibrer les gens de tout âge, de la côte jusque dans les profondeurs des terres. De l’Espagne à la France, dans le Pays Basque tout en entier, chaque jour, chaque semaine, les nerfs se mettent en pelote pour vivre avec passion cette discipline aussi chorégraphique que sportive.

4 Commentaires
  • mzelle-fraise
    Posted at 09:44h, 27 mai Répondre

    J’ai un copain qui avait trouvé un club de xistera à Paris quand il est arrivé 🙂 mais je me doute que ça n’a pas la même saveur ici et là-bas…

    • retourdumonde
      Posted at 10:36h, 27 mai Répondre

      C’est sans doute celui de Chiquito de Cambo dans le 16ème, c’est le seul à Paris même (il me semble qu’il en existe un autre dans le 92, un des plus vieux frontons de Paris). 😉

  • Pierre
    Posted at 21:28h, 16 décembre Répondre

    Bonjour, Bravo et merci pour l’article ! Xabi

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